COURIR EN MONTAGNE

Les 2 Alpes / Les 2 Alpes
par le GR54
le 27/07/2011
185km 12 400m+
› La trace GPS
› Résultats

CR Michèle

Pré inscrite le 2 novembre…
Le bébé pour dans neuf mois, temps nécessaire pour préparer un ultra.
L’étincelle de l’inscription, c’est le désir de repartir qui se matérialise et va prendre des forces au fil des mois.
Joli contour, dessiné par l’organisation (Christophe Boebion) et qui se profile instinctivement en trois grands temps et deux respirations. Vite s’échapper des Deux Alpes, le début de course n’étant pas ma tasse de thé, entrer progressivement dans le cœur en se débarrassant des toxines accumulées pendant l’année et atteindre Vallouise, sans traîner au Monêtier les Bains. De là, décoller d’entre les Aigues après un petit échauffement, en direction de l’Aulp Martin à 2761m, et planer longtemps au plus haut. Du Pas de la Cavale, faire un piqué sur le pré de la Chaumette et remonter aux Cols de la Valette (2680m), Gouiran et Vallonpierre pour plonger en descente libre dans le brouillard vers la Chapelle à 1109m, km 132 direct dans les bras de mon mari Pacer (pareil qu’Isa, effet PTL oblige).
Bon réconfort pour tous au gîte des Mélèzes, PC des pacer actifs, une originalité appréciée à sa juste mesure. Luc joue en classiques XAPro. Et aussi avec deux baguettes beaucoup moins classiques. Encore pas mal d’attente pour Pat. En Valgau, ils comptent en Flouzons ou en oreilles d’ânes.
C’est une unité variable en fonction du temps qu’on met pour l’avaler. Il lui reste environ 4 flouzons soit une vingtaine d’heures d’attente. Il y a deux bases de vie supplémentaires, ce qui bouscule nos habitudes avec Isa, lors de la préparation des sacs au studio, car c’est un peu envahissant, et Dan est allé prendre l’air, en nous laissant à loisir brasser les sacs plastiques. Elles s’avèrent indispensables, nous sommes en semi autonomie, et les rares ravitos entre les bases permettent de s’approvisionner en nutriments, mais sans se poser.
Pour les pannes hors bases on peut se débrouiller sur le terrain,
-omelette au refuge de pré Chaumette.
-une délicieuse barre à la noisette offerte par Tanguy, réseau PTL, tant la vision hypoglycémique de l’interminable montée du Col d’Arsine se voit sur ma mine défaite. Merci !
-Cake maison beurre et amandes pour Patrice de la part d’une anglaise aux petits soins au sommet de Côte Belle et qu’il retrouvera à Valsenestre.
-micro sommeil sur le bord du chemin sous un rayon de soleil échappé de ces journées à l’ambiance pluvieuse, ventée, avec pour bruit de fond un grondement du tonnerre, tapie dans le brouillard, que j’ai du mal à distinguer du raffut que fait ma capuche sur les oreilles. L’ultra n’est pas une fin en soi, c’est plutôt le point d’orgue auquel aboutit l’alchimie de la préparation.
Chaque sortie est comme une note ayant une vie autonome. Pas question d’ingurgiter des entraînements rasoirs, dans un but unique et lointain qui a, lui aussi, le droit de ne plus être, car il faut accepter les imprévus possibles sur lesquels on n’a pas de pouvoir.
Point positif de taille, il n’y a pas de pression de barrières horaires, la marge est grande jusqu’au samedi après midi. Autre point qui me rassure, je n’ai pas l’impression, vu leur profil, que les organisateurs vont annuler la course pour un rien.
Nous faisons partie d’un orchestre et çà joue dans tous les coins, du Mont Ventoux jusqu’au Schiltorn et la Jungfrau, avec des changements fréquents d’instruments : Hoka, XCross, Wings, Brooks Slab, pour varier des classiques XApro et Trabucco. On a des tempo (je suis au courant merci, plutôt en courant d’ailleurs) différents mais on arrive tout de même à jouer ensemble sur la même partition. Une répétition au complet, pacer compris, à la Chapelle de deux morceaux difficiles que sont l’Aup Martin dans la neige et le Col de Vallonpierre, aura eu lieu « adagio » (à l’aise).
Les sorties en solo ou entre amis vont construire le plan d’entraînement comme une partition, la trame étant donnée par l’organisation.
A nous de jouer comme on en a vraiment envie avec les capacités qui sont les nôtres, vite ou lent, saccadé ou régulier en faisant tout pour ne pas partir en plein concert.
Les activités sont variables en qualité, sur le plan physique, psychologique et relationnel et donnent de la matière pour analyse, dans le but de progresser avec d’inévitables fausses notes. Elongation à l’ischio sur une accélération hivernale non contrôlée, entraînant un retard sur la saison, qui m’a fait passer sans transition de la Monte et Sue 12km au Grand raid 73km. Arrêt à 45km 3500+ pour causes de chaussures trop petites et trop molles, insuffisamment essayées. Il manquait un 35km entre les deux pour une progression minimum qui permette de finir avec les ongles intacts.
Le côté Pacer était aussi un challenge non négligeable et çà depuis l’inscription, avec volonté de réussir le partenariat pour en immortaliser les souvenirs constructeurs, en écartant les ombres des mauvaises habitudes quotidiennes.
C’est fait. La dernière partie costaud avec ses 52km et 4800+, a démarré dans la nuit vers 2H30, en quittant la Chapelle en Valgaudemar, après une douche, agréable alternative à mon essai lingettes, et un dodo reconstituant dans le lit de mon pacer, qu’il a abandonné bravement pour le carrelage du sol.
Pacer c’est une compétence ! Une belle rencontre (demandez la définition !) et des moments à revivre dans des paysages fabuleux. Les frissons dans la montée au refuge des Souffles, le passage des torrents pour se hisser au Col de Vaurze, au dessus de la nappe de brouillard, à l’aide de mes bâtons dépareillés. Il y a eu de la casse dans la descente accidentée et raide du pas de la Cavale. J’ai un bleu sur la hanche mais je n’ai senti que le bâton de Luc qui se cassait net entre deux pierres.
Le test Côte Belle, est un quasi vaccin pour pouvoir passer toutes les côtes de l’Oisans.
C’est pour Côte Belle qu’ils ont inventé le Flouzon , un genre de gratin dauphinois en croûte, c’était avant les barres énergétiques.
La descente dans les orgues, nous a fait glisser jusqu’au merveilleux village de Valsenestre où nous avons croisé
- Ruth, dont on ne sait pas encore que le petit doigt de pied cloque sous sa chaussure découpée sur place,
-puis Chantal dont on ne savait pas non plus qu’elle avait fait une pause de 9H à la Chapelle, et qui n’a pas du beaucoup toucher le sol pour rattraper le retard,
- puis un nouveau copain avec qui j’ai fait le départ de Vallouise et les 7km sur route à la Chapelle, là où il a explosé sa lampe et à qui j’ai dit que l’ultra n’était plus bon pour moi, avec sincérité mais je retire. J’aimerais bien avoir des nouvelles car pas vu aux Deux Alpes.
*En fait j’arrêterai à l’âge où Daniel Boébion arrêtera, peut-être, vu que je n’ai pas de modèles V3F, ce qui me laisse quelques flouzons d’avance …
A propos d’annonces je cherche aussi des nouvelles de François, pas vu non plus à l’arrivée, avec qui j’ai cheminé dans la montée de l’Aulp Martin et qui s’est paumé dans le brouillard vers le refuge de Vallonpierre, où il a soupé avant de se retrouver provisoirement rompu à la Chapelle. Maintenant que j’ai parcouru tout çà, je peux reprendre le récit au début pour quelques anecdotes. Juste après avoir vu Isa sucrée au produit énergétique fuyant de sa poche, c’est Chantal qui passe, allegro, puis la pluie qui me pousse à essayer mon imper jetable jamais sortie de sa housse depuis son achat. D’abord au dessus du sac, ce qui me vaut le qualificatif de méduse.


Çà me gonfle et je le passe en dessous. Pas mieux car il ne pleut plus dehors mais à l’intérieur maintenant. Je bourre l’ensemble dans mon sac mais çà colle aux doigts et l’ectoplasme ressort du sac.
Allègement des sacs à la Grave. La méduse neutralisée et une guêtre qui reste dans la glaise, ventousée. Je suis trempée grelote avec les autres, et en déficit alimentaire dans tout ce parcours aux noms à pleurer. Cols Sarenne, Nazié, Souchet, Besse et Grave. Les dragées bleues et chocolat du mariage de Nico et Elé me réconfortent mais elles colorent mon reste de sandwich qui se met à virer bolet satan. Le mélange mouillé et froid de beignet aux pommes, chocolat, chips, jambon cru, fromage que j’ai pris depuis le début me fait gonfler le ventre. Fatiguée mais heureuse, le Col d’Arsine s’étire et je suis enfin entrée dans l’ultra. La remise des niveaux a lieu au Monêtier, dans une pause efficiente d’une heure. Soupe chaude, vêtements secs et me voilà transformée pour la sublime montée du Col de l’Eychauda, en solo façon trappeur à la lueur de la frontale.
Au sommet, il est 2H, j’essaie un SMS à Laurent et Anick mais rien ne passe. Dans la descente rencontre de Sylvio et un autre gars qui doit sentir l’approche de la Chapelle de Notre Dame des agonisants, car il n’est pas bien. Vallouise atteinte à 5H.


Accueil des bénévoles que l’on apprend à connaître puisqu’ils sont sur tous les postes. Ils nous chouchoutent, café, jambon, soupe, merci mille fois et un petit somme dans le lit de camp encore chaud que Chantal vient d’abandonner. On va la retrouver dans le paragraphe suivant en quittant Valsenestre. Je quitte la base, reposée à 6H38. Me voilà revenu, avec Pat dans cette dernière partie au moment ou nous quittons cet endroit adorable qu’est le village de Valsenestre, où je viens de dormir une heure. Il est 15H05 et je crois entendre des rumeurs pas très rassurantes de possibles orages dans le ciel qui se couvre. On aborde la redoutée et mystérieuse Muzelle. Des bénévoles abrités sous un gros rocher et nourris de lyophilisé depuis trois jours, pointent nos dossards et une parole rassurante me propulse au Col, sans avoir eu le temps de compter les lacets.
Inoubliable ce bonheur d’être là, et la pente raide qui se déploie à nos pieds et que nous allons découvrir pas à pas. Je fais des essais techniques de descente, sous pétitions des articulations, en suivant dans un jeu sympa, la méthode de Pat. Objectif de chaque pas, fléchir les jambes en souplesse en déroulant le pied. Il n’est pas interdit de rêver, mais çà marche, puis glissade sur les névés, sur les pas d'Isabelle, qui nous amènent au bord du Lac où nous sirotons le surplus de Pom'pote de Cédric. C’est sûr, on reviendra au refuge.
Mais avant cela, il y a la descente sur Bourg d’Arud, qui s’avère redoutable et dans laquelle nous ne faiblirons pas, même si chaque lacet semble nous rapprocher un peu plus du centre de la terre. On est plein pot dans la course, et l’apparition d’Anick et Laurent dans la remontée de Vénosc nous transportent illico au ravito, où nous saluons une dernière fois les bénévoles, qui nous présentent pastèque et taboulé. Je mange en préventif maintenant, je crois que j’ai muté au Monêtier.
Quelques sauts de puce avec de grandes goulées de Coca, et nous voilà sur la plateforme des Deux Alpes à chercher les points roses et balises rescapées du week-end, terriblement pressés tout à coup. Je connais la direction générale et on finit enfin par trouver le boudin d’Arrivée.
Les fidèles sont là, pacer Cédric, futur pacer Maxime et pacer blessée Florence ainsi que Bagnard qui accueille tous les finishers avec le sourire. Concert réussi. Le groupe s’est agrandi de deux virtuoses Daniel Boebion et Pierre-André et d’une soliste, Ruth. Nico est reparti en tournée et Chantal offre le final en bouclant le cercle où l’on passe le reste de la soirée, en tempo « lento » mais sans redescendre.

CR Chantal

Avec le Défi de l'Oisans, je découvre enfin "l'ultrafond", après l'échec en 2008 de l'UTMB.
Il me semble qu'après ces 5 années de trail, je me trouve plus "affûtée" physiquement et mentalement pour le long...............
Avec l'entraînement avec Pat et Michèle pour les longues sorties et moi, seule, dans le Parc de la Vanoise, pour plus court. Je prends le départ ce mercredi matin 27/07/2011 à 8 h avec la présence de mes amis trailers ( même venus de Suisse); l'ambiance est beaucoup plus calme par rapport à l'UTMB.
Je pars donc "cool", sans pression, ma première journée se passera bien malgré la pluie et le brouillard sur le plateau d'Emparis (je suis habillée comme en hiver). Je passerai le col de l'Eychauda avec Henry du Sud de la France, on discute on rigole, nous arrivons à 3 h à Vallouise le jeudi 28/07/2011. Dodo pendant 2 h comme on peut, mais pas de problème, je dors!
Je repars à 6 h pour la grande montée sur le col de l'Aup Martin, le soleil est là, c'est formidable, de regarder cette belle vallée, j'avance, je double et je double, je m'envole vers le col, les jambes sont fortes et la tête aussi.

Par la suite, ça va se compliquer car la météo se dégrade.
Je mange une omelette au refuge de Pré Chaumette avec Patrick, un coureur qui apparemment veut rester dans "mes jambes". Nous partons pour les 3 cols: Valette, Gouiran et Vallonpierre Catastrophe sur le col de Vallonpierre, nous affrontons la grêle: c'est glissant, nous dégringolons rapidement pour aller nous réfugier au refuge de Vallonpierre (pause thé). Nous repartons, là, Patrick va mieux et s'en va devant.
Je mets mon "baladeur" sur la tête, musique à fond, mais la descente sur la Chapelle en Valgaudemar est interminable, j'arrive vers 22 h jeudi 28/07. Bien fatiguée, le moral est pas mal, je sais pourtant que je n'aurai pas de Pacer (Florence est blessée) , pas de panique tout se passera bien ! Pat est là, me prend en charge un moment, ça fait du bien. Il attend Michèle pour partir avec elle comme Pacer. Gros dodo pour moi, c'était intense de minuit à 6 h du vendredi 29/07/2011. Il le fallait, je repars avec un groupe de Suisse, mes muscles sont bien, les pieds pas de souci, pas de douleur, c'est le bonheur! Passage au col de Vaurze, il y a une mer de nuage, je suis sur un bateau !!!!


Passage à Côte Belle, tout va bien, je continue jusqu'à Valsenestre, je suis toujours aussi bien, je croise Michèle et Pat, un sourire, des encouragements, cela fait du bien au moral. Je gère la montée du col de la Muzelle, il y a du brouillard mais pas de souci d'itinéraire, je n'aurai pas sorti le GPS du sac de toute la course. Juste après le col, le brouillard se dissipe et j'admire le vallon de la Muzelle, avec son beau lac et refuge.
Toute la descente, je pense beaucoup à Serge, à Louise, aux amis, tout en écoutant de la musique, les jambes dévalent la descente longue et magnifique (cascades) jusqu'à Vénosc (il doit être 21 h) La dernière montée, je n'y crois pas , je suis là, je vais terminer mais je décide d'être à plusieurs pour nous aider mutuellement. Nous attaquons donc cette montée en direction des deux Alpes, il nous faudra du temps, on est fatigué. A l'arrivée, mes amis sont là (Flo, Isa, Luc), merci à vous qui m'avez poussée au Défi !!!!!!!!!!!!!!! Et merci aux organisateurs et bénévoles.

CR Isa

Un défi, une course, des rencontres, des moments de solitude, des joies, des douleurs…
Le TOE, c’est encore plus que ces quelques mots…
Après une saison de ski alpinisme longue et intense (7 mois de course dans des conditions délicates), j’ai eu beaucoup de mal à me mettre dans ce nouveau défi. En mai, alors que je quitte à peine les skis, les amis sont déjà sur les trails pour préparer notre RDV du mois de juillet. Pour ma part, pas envie… j’ai besoin de récupérer. Je vais m’orienter vers le vélo de route ; ça change dans la tête mais aussi au niveau des jambes.
Début juin, il est temps de se remettre à courir : avec Michèle et Patrice, les Bauges seront notre terrain d’entraînement. Un petit we à la Chapelle en Valgaudemar histoire de se familiariser avec les sentiers du parc des Ecrins.
La préparation est lancée mais une mauvaise douleur au talon me freine dans mes envies. Les médecins ne trouvent pas. Les doutes s’installent quant à ma participation…
Je décide malgré tout d’aller prendre le départ. Le TOE est plus qu’une course, c’est également un moment privilégié avec mon pacer de mari… Mardi 26 juillet 2011, un briefing qui m’interpelle… On m’annonce dans les favorites, je suis très partagée car au fond de moi-même je sais que physiquement je me sens super bien mais que cette douleur au talon risque de me mener la vie dure… Mon pacer le sait bien, son commentaire : « ils ne savent pas ».
De plus, on nous demande de nous dépasser : on participe à une course unique et qu’il est hors de question de s’arrêter pour de simples petits bobos. De retour à l’appartement, comme un rituel depuis la PTL on se prépare avec Michèle sans manquer aucun geste de l’une et l’autre… Les restes d’une course d’équipe.
Mercredi 27 juillet 2011, c’est enfin le moment d’y aller. J’ai mal au ventre. Je ne peux rien avaler, seul mon milk-shake GO2 arrive à passer. Je suis impatiente de partir, d’avoir des réponses à toutes les questions qui se bousculent dans la tête. Je casse ma montre.
Tout le monde est sur la ligne de départ (Luc, Nico, Michèle, Chantal et moi), nous nous motivons pour se retrouver tous les 5 à l’arrivée… Même si nous sommes de niveaux complètement différents, j’ai toujours l’impression de courir en leur présence…
Attention, Dan mon pacer n’a pas l’air de rigoler ; je n’ai pas intérêt à me plaindre… mais surtout je dois arriver à la chapelle cela ne fait aucun doute !
Départ…………………………………………………………………………………………….
150m et les 1ers ennuis commencent. Un coureur me prévient que mon sac dégouline dans mon dos. Et m…. , c’est ma poche à eau. Je m’arrête, revisse la base du tuyau en espérant que c’était la cause. Je relève la tête, je suis dernière. Oups ! Dur ce début, il reste 180 km…
Je repars, ce n’est pas le moment de gamberger. Beaucoup de coureurs marchent déjà dans le 1er raidillon, je double à bonne allure. Je reviens sur Chantal, pas le temps de raconter mes déboires ; puis je rencontre Michèle qui veut me dépanner avec un sac plastique mais je ne prends pas le temps de ralentir je veux avancer et retrouver ma « place ». Un petit coucou à Ruth qui a déjà pris son rythme de croisière.


Enfin, je reviens sur Martine et les filles de tête. Je souffle un peu. On discute. Comme d’habitude, personne est là pour le résultat tout le monde est là pour juste terminer… Belle chute pour Martine lors de la descente du col de Cluy, mais elle est en forme elle se rattrape et repart avec de bons appuis. Elle est très motivée. La pluie devient forte. J’aime les mauvaises conditions. Une petite pensée à Michèle et notre dernière sortie sous des seaux d’eau.
Je fais très attention à me couvrir, ne pas me refroidir aux ravitos. Je trouve que le rythme de montée pour un ultra est assez élevé. Le talon se fait oublier ; Que du bonheur ! Mais je me mets en mode sécu, je laisse un peu partir les filles, j’ai peur de le payer après.
Descente du col d’Arsine, ce que je redoutais… la pose de pieds devient très douloureuse, il est difficile de courir en descente. Pendant ce temps, les pacers attendent comme ils le peuvent…
J’arrive à Monêtier, les filles viennent de repartir.
65km et voilà, je suis face à la réalité… J’ai froid, je suis démotivée, j’ai mal, mais autour de moi les bénévoles me réconfortent, m’assistent en m’amenant un repas chaud et les compagnons de route m’encouragent et me proposent de repartir ensemble (merci Bruno pour ton timing : « bon, on repart dans 7mn ».) Je mets ma combi de ski alpi, certains me diront que je vais avoir trop chaud, mais je suis frigorifiée, j’ai les lèvres violettes et je tremble de partout. Avec Bruno, nous repartons doucement et finalement je vais mettre un bon train dans le col de l’Eychauda. Le moral revient mais dès que je bascule dans la descente ; il faut se faire une raison soit j’accepte la douleur soit j’abandonne.
Arrivée à Vallouise, ma décision est prise. J’abandonne mon envie d’aller jouer avec les filles de tête mais je N’ABANDONNE PAS la course. Mon défi maintenant est d’apprendre à gérer la douleur. Je décide de dormir 2h. A mon réveil, Bruno ne veut pas repartir tout de suite. Moi je suis décidée alors peu importe. Je vois Ruth qui rentre dans la salle je lui propose mon lit car c’est devenu une denrée rare. Je repars seule, fière d’avoir résisté à l’abandon. Maintenant, je suis décidée à en finir. Malgré des erreurs de parcours dans Vallouise, je reste motivée. Je récupère 2 coureurs avec qui je ferai la montée jusqu’au col de l’Aulp Martin (merci à Georges pour son rythme régulier). Descente sur Pré Chaumette, c’est à nouveau la galère ; moi qui aime tant dévaler en descente, je suis frustrée.
Col de Valette, col de Gouiran pas de souci, les jambes sont bonnes. A Gouiran, un groupe de randonneurs met de l’ambiance, c’est super sympa mais avec un coureur on se fait piéger, on se croit à Vallonpierre et on entame une descente directe dans les rochers croyant trouver le refuge. On tentera même d’appeler les autres coureurs qui montent sur notre droite pour leur éviter une erreur !!!! Au bout d’un certain temps, nous avons des doutes, les autres coureurs ne font pas demi-tour et on ne voit toujours pas le refuge. On rencontre 2 randonneurs un peu perdus, on décide de faire un point carto avec eux. Et M…. , on s’est magistralement planté. On repart en direction de Vallonpierre, l’addition est lourde 3/4h de perdu et 300m de dénivelé en + au compteur. Je connais bien la descente, je sais qu’il va falloir serrer les dents…
J’essaye d’appeler Dan mais ça ne passe pas. Il doit s’impatienter, je devais arriver milieu de journée mais c’est loupé, ce sera fin d’après-midi. Au moment de remonter sur la route après Xavier Blanc, je tombe sur Patrice en train de faire un festin de framboises… Quel plaisir ! Il attend Michèle, il me donne des nouvelles de Luc et Nico, tout se passe bien pour eux. Il m’accompagne jusqu’à ce que l’orage arrive. Il se met à l’abri, je continue sur la route… Beaucoup de voitures circulent, c’est assez pénible. Enfin la Chapelle, j’ai réussi mon pari de rejoindre mon pacer. Je vais prendre le temps de récupérer : douche, soins podo, repas et repos de 2h. Quel plaisir de repartir avec Dan, il fait l’animateur sur la portion pour rejoindre Villar-loubière. Les autres coureurs apprécient. On oublie nos douleurs. Je prends des nouvelles de la famille et rassure ma maman, et oui, elle est inquiète, surtout depuis qu’elle est venue assister à l’arrivée de certains ultras.
La montée à Vaurze se fera à un bon rythme. La configuration du terrain (en cirque) donne une impression très spéciale, on voit des frontales partout autour de nous. Heureusement, je connais bien le sentier et donc la bonne direction à suivre. Cela rendra service à nos compagnons de nuit. Raphaël, notre ami espagnol depuis la PTL et Dan, THE PACER
Supers souvenirs du col de Vaurze, merci Dan pour les photos.
Après, je pense que ce fut la partie la plus dure physiquement et mentalement de la course. Je vais mettre 4h à descendre Vaurze. Mon pied me fait mal, je compense mais des douleurs apparaissent dans l’autre pied. Je ne peux pas du tout courir, je peux à peine marcher. Dan ne dit rien, il s’adapte à mon rythme…


On arrive enfin au Désert, un ravito qui ne donne pas envie de s’attarder : il fait froid près de la rivière et on ne peut pas s’asseoir. Avec Dan, on videra l’assiette de jambon et le bol de fromage.
Côte Belle se profile, je me sens de plus en plus faible. C’est le lever du jour et je ressens beaucoup de fatigue. Je m’arrête de plus en plus souvent, posée contre un rocher je ferme les yeux, je suis debout mais j’ai l’impression de dormir…

J’ouvre les yeux et me remets à marcher tout doucement. Alors je me rappelle que j’ai pris mes petits flacons GO2 One for five en cas de grosse fatigue. Quelques minutes après, les yeux n’ont plus envie de se fermer. Petit à petit, je retrouve un rythme de marche très correct. Le lever du jour est magnifique, on a l’impression d’être seuls dans la montagne. C’est un moment magique. Ces instants magiques m’ont redonné de l’énergie. Je n’ai plus envie de dormir, je mange, avec Dan on discute de tout et de rien… J’appréhende la descente. Mais curieusement, j’arrive à légèrement trottiner. Je suis en plein bras de fer avec ma douleur. Je ne cède pas.
On descend tranquillement sur Valsenestre, le cœur joyeux.
A cette dernière base vie, on prendra le temps de manger de se faire soigner. C’est le matin, les bénévoles sont à nos petits soins. On prendra le café avec eux avant de se lancer dans la Muzelle. Raphaël repart, je ne le reverrai pas. Bravo pour cette belle fin de course. Nos 3 compagnons de la Chapelle prennent de l’avance. Je les ai prévenus, j’adore la montée de la Muzelle.
Dès le départ, je sens que je vais me faire plaisir. Après 1/4h dans les pas de Dan, je décide de passer devant. J’aime cette montée. Luc et Nico le savent bien. Je pense à eux. C’est alors que je retrouve un vrai rythme de montée. Certains coureurs en feront les frais. Les bénévoles en contre bas du col m’avertissent qu’il reste 400m et que mon rythme est peut-être trop rapide.
La montée à la Muzelle, je la connais bien et elle me convient parfaitement. Je ne ralentis pas et monte dans les tours. Que du bonheur !
J’attendrais Dan au col qui me propose de le lâcher pour terminer à mon rythme. Mais il est hors de question que je l’abandonne. De toute manière, la descente sur Venosc va vite me calmer.


Petite pause au refuge de la Muzelle, cocas en terrasse, avant de poursuivre cette interminable descente. Les pieds ne sont qu’une douleur. J’ai besoin de faire des arrêts réguliers pour me soulager les voûtes plantaires. Après le refuge, on aperçoit les 2 alpes, il reste du chemin à parcourir…
On croise de plus en plus de randonneurs, la vallée se rapproche. Arrivés sur la route, la chaleur nous rappelle que c’est l’été. On avait oublié… Venosc, dernier ravito, on en profite comme il se doit. Une bénévole nous dira gentiment que les autres coureurs ne s’arrêtent pas aussi longtemps. Après une orgie de pastèque, un bénévole décide de nous accompagner jusqu’au départ du sentier, le balisage dans le village étant régulièrement enlevé.
Comme dans la Muzelle, j’ai des supers jambes. Mon pacer accuse le coup, il fait chaud. Je lui donne plusieurs fois à boire. On ne doit pas craquer maintenant. Quelle bonne idée d’arriver en montée… enfin pour mes pieds, c’est l’idéal. On connait bien cette montée et son petit ressaut piège qui donne l’impression d’être arrivé. Une fois passée l’arrivée du téléphérique, j’ai le drôle de sentiment qui me partage entre le plaisir de boucler ce tour et la fin d’une belle aventure… On retrouvera rapidement Florence (notre PC course de tous nos défis) qui nous guidera dans les 2 Alpes. Franchir la ligne d’arrivée tous les deux, efface la fatigue, les douleurs… On repart quand ???

CR Nico

2011 devait être l'année du gr20 non-stop mais ce fut le tour des Écrins...
Distance similaire et dénivelé aussi mais le terrain doit être plus roulant. Je m'inscris dans la foulée de T1000 qui ne doute pas de sa réussite sur ce TOE. Personnellement, je ne pense pas être en mesure de finir..Si je le compare à mon UTMB 2009, c'est plus long de 15km et surtout plus raide de 2500m. J'ai monté la tête au vent en perdition à bout de force et là, il faut enquiller un trail de 47km avec près de 4500m positif après avoir couru 133km et +7500m !!
Un premier séjour de reco en juin et surtout un stage commando début juillet finit de me convaincre que je peux aller au bout. La prépa fut excellente et j'arrive au départ en pleine possession de mes moyens prêt à affronter des conditions météo difficiles, normal, je suis au départ !!
L'inconnu reste l'alimentation après 70km. Départ prudent autour de la 60 ème place, il faut courir jusqu'en fin d'après midi sans puiser dans ses ressources. Je connais les premiers cols, pas de quoi s'inquiéter et pourtant la pluie s'invite ainsi que la boue. Arrivé à la Grave, ça rince sérieux !! Il faut serrer les dents en espérant que ça va s'arrêter. C'est la partie La Grave-Monêtier, pas reconnue en juin-juillet, qui va me réserver une première surprise. Je ne progresse pas vite et ne cours pas sur les longues portions avant Monêtier. Pas de places vraiment perdues mais ce terrain aurait dû m'être favorable et il n'en est rien. Me serais-je transformé en T500 ? Car dans les montées je suis bien. Je me perds 5 minutes au Monêtier, le long de la route principale, alors que c'est tout en bas qu'il faut aller !
Monêtier, la course prend une autre tournure car 72km ça laisse des traces. Je suis très bien. Ravito pas trop lent, mais du temps de perdu sur T1000 quand même. Je repars en super condition et double plusieurs concurrents dans l'Eychauda. La descente est plus laborieuse en revanche mais je suis désormais sur les sentiers reconnus et sers de fil d'Ariane pour 2 coureurs près à jardiner avant Vallouise, on vient d'allumer les frontales.La salle du ravito est mal organisée, les tables sont comme à la cantine. Impossible de se mettre à l'aise. Je prends une chaise et la place en plein milieu de la salle pour avoir de quoi bouger. Je mange trop peu. La toubib est là et je lui expose mes déboires.
"Je vais vous donner quelque chose".


Ce médoc est plutôt contraire à mon éthique mais force est de reconnaître qu'il est d'une efficacité redoutable. C'est mon premier ultra avec appétit et cela laisse augurer de belles choses car ça change pas mal de données. Je monte vers l'Aup-Martin sans le savoir avec le 15ème du tor des géants. On restera 3h ensemble avant de le voir s'arrêter pris par un coup de barre aux deux-tiers de la montée. Pas de place de perdue dans ce col et je rattrape Daniel Boébion au sommet. On fait la descente à 4 mais cette descente est dure pour moi. Mon genou droit me dérange et je ne mange pas assez.
Pré-Chaumette enfin, sorti de nulle part. Je m'allonge 20 minutes puis m'alimente sans problème. Je repars dans les talons d'Irina et Martine qui sont ensemble. Cette dernière ne peut pas suivre dans Valette. On papote 1h avec Irina et on reprend Boébion avant le sommet. Je ravitaille peu après le sommet, je ne suis pas super et je laisse partir Daniel et Irina. Je ne les reverrai plus.
Gouiran et Vallonpierre se passent dans la douleur, je suis au ralenti et je plonge alors que le soleil se lève dans la longue descente vers La Chapelle. Y parvenir, c'est déjà 133km de parcourus !!
Je suis vraiment lent, impossible de courir plus de 5 minutes sur la route pourtant en descente. J'aperçois Patrice enfin, ça fait du bien. Erreur à la Chapelle, je ne voulais pas dormir 2h mais je n'ai averti personne et du coup à mon réveil, je ne sais combien de temps je me suis arrêté.



Je pars manger sans problème et me voilà avec Tribondeau et le comparse de l'Aup-Martin qui semble avoir retrouvé du poil de la bête. On déconne sur la route et attaquons Vaurze.
Je ne peux pas les suivre. Je monte pourtant sur un rythme correct et double un concurrent et son pacer avant les Souffles. L'orage éclate sur la traversée et c'est critique. On est à 2000m, ça tonne et l'eau dégueule sur le chemin. C'est limite pour passer les torrents !!
Enfin Vaurze !! Ca sent bon!! La descente est infernale, bien pire que la montée. Le Désert enfin, mais il pleut. La tente est pleine, 5 ou 6 gars, un abandonne, je ne peux pas m'asseoir par manque de place, mange super et repars au bout de 10min sous le regard médusé de tous les concurrents décidés à rester plus longtemps. Mp3 on line et c'est parti Côte-Belle. Un grand moment. Je creuse sur mes poursuivants un écart considérable. En haut, on verra la Muzelle et derrière...Valsenestre.
2 concurrents sont là dont Martine Volay qui a dû me passer pendant le dodo de La Chapelle. Je ne reste pas trop et pars à l'assaut de la Muzelle. Un concurrent encore de doublé avant d'être déposé par le 32 ème qui s'était perdu et qui me passe comme une balle !!
La fin de la Muzelle... un de mes pires souvenirs d'ultra. INTERMINABLE!! Froid, vent et brouillard en prime. Je bascule dans la douleur mais je suis sur mes terres ayant fait 2 fois la Muzelle en Juillet. Heureusement car la descente est compliquée. Je ne me perdrai pas et ça c'est le top, car on est là dans une partie très compliquée, limite dangereuse, balisage rare dans le brouillard. Un concurrent passera au bouillon.
Le refuge et c'est parti pour la dernière descente. Je m'arrête 5 minutes pour assister un concurrent en grande difficulté qui ne peut quasiment plus descendre et qui a besoin d'un antalgique. Il a dû mettre 4 heures pour arriver en-bas. Que c'est long !! Je l'ai fait même si je mets 2 heures pour me ravitailler à Vénosc et monter au 2 Alpes.
Le père est là pour traverser la station, les nerfs lâchent, c'est fini. Avec ce TOE, une étape a été franchie. 3 semaines après, le GR20 non-stop me trotte dans la tête...Qu'est-ce-qui nous pousse comme ça vers ces efforts sur-dimensionnés ?

CR Luc

Je l'aimais bien...
Il avait remplacé le précédent, mort au combat, lui aussi... Il était parvenu, avec ses copains, sans encombres jusqu'au 175 ième kilomètre du TOE. Un gros bloc de la descente de la Muzelle en a décidé autrement. Sa mort, par arrachement, a été soudaine, sans possibilité de réanimation. Ses 9 copains n'ont manifesté aucun signe de douleur, seuls 10 secondes de jurons à la capitaine Haddock laissent conclure que ses principales amies étaient les cordes vocales. Paix à mon ongle du deuxième orteil du pied droit...
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Oh pétard ! Nous sommes à l'automne 2010 et je lis sur un forum de course à pied que pour les 20 ans de la course des Ecrins, l'association décide de faire un non-stop sur le parcours de 180 km et 12 000 m+ !! D'abord limité à 100 coureurs, le nombre d'inscrits est porté à 300, ce qui permet à Nico, Michèle, Isa, Chantal et ma pomme de nous inscrire. J'avais fait l'édition par étapes en 1993 avec l'organisation désastreuse de Laurent Smagghe, en 2011, l'association qui s'occupe des courses est au point donc banco !
Grosse préparation hivernale en càp dûe au manque de neige, j'arrive avec 95 000 m de D+ et 125 h de càp et 2 courses à mon actif ( Ventoux et GR73), le TOE étant l'objectif de l'année. Ce 27 juillet arrive vite, la météo n'est pas bonne, tant pis... Les 5 protagonistes sont dans l'aire de départ, les pacers (accompagnants à partir du 133 ième kilomètre) sont prêts aussi.
Le départ se fait lentement pour ma part, des pauses pipi en veux-tu en voilà, des effeuillages de jambières, de Falke, bref départ molo molo. Nico est quelques longueurs devant, je discute avec Etienne Fert, Stéphane ( le 8 de la Montagn'hard de 2010), l'entrée dans la course se fait petit à petit. Je rejoins Nico au premier ravito ce qui, allez savoir pourquoi, enclenche la pluie.
Discutage en règle jusqu'à la première descente de col durant laquelle Nico disparaît à l'arrière. Pause pipi ? Le second ravito à Besse sera vite passé, je mange de la pastèque et zou, je continue...Grosse montée au col Nazié, je double du monde mais arrivé sur le plateau d'Emparis, je m'arrête un moment pour m'habiller et me fais passer. Il fait presque froid, certains sont en simple tee shirt alors que j'ai la veste respirante et les jambières ! Le terrain est vraiment boueux, en descente il faut être très vigilant pour éviter les gamelles. Le ravito de la Terrasse est sous la douche, je refais le plein de pastèque, de bananes et au moment ou je repars, Nico arrive. Il pleut très fort, mais je suis assez bien jusqu'au Monêtier, le col d'Arsine est long, nous sommes 4 ou 5 à monter à quelques minutes d'intervalle. Les lacs de la Douche sont d'un bleu vif, j'ai le MP3 sur les oreilles, l'entrée dans l'ultra est entamée, nous sommes au kilomètre 55, tout va bien.
La première base vie de Monêtier est au kilomètre 65, changement de chaussettes, de tee shirt, de seconde couche trempés. Je m'alimente en salé et repars après 17 min d'arrêt, je double pas mal de concurrents qui s'arrêtent un peu plus. Je repars avec Daniel Boebion. Je le laisse partir au gré d'une pause pour convenance personnelle, je le rejoins à la fin de la forêt pour faire une hypo mémorable, je n'avance plus trop, j'essaie de manger et de boire. La descente me remettra d'aplomb et nous courons avec Daniel jusqu'à Vallouise atteinte en 13 h 23. L'arrivée de jour à Vallouise me satisfait, le temps de progression est bon. Je demande un médoc pour les maux de ventre au docteur de la course, je mange du salé, me change comme au Monêtier avec des chaussures sèches en plus. 26 min d'arrêt et zou, départ pour le clou du spectacle...Il ne pleut plus, la frontale est de rigueur, les étoiles brillent. C'est clairement maintenant l'Ultra dans toute sa splendeur, des gars dorment, d'autres baffrent, certains arrêtent...La montée à l'Aup Martin est loooongue, je m'écoute deux émissions scientifiques de la radio canadienne podcastées. Des gars sont à la dérive sur la fin du col (petite musique qui va bien).Pointage par les bénévoles à 2761 m et enquillage de la descente sur Pré Chaumette. De nuit, cette descente n'est pas top quant à son cheminement, je la connais bien mais le GPS sera de sortie pour ne pas me tromper. Ravitaillement succint au refuge, 2 gars dorment, je suis 17 ième en repartant. La montée de la Valette est un gros morceau aussi, Gouiran et Vallonpierre se font pas trop mal mais je n'ai plus rien à manger, le prochain ravito est loin... En pleine nuit, les morceaux qui vont bien s'enchaînent au bon endroit, moment magique, les frissons me parcourent l'échine(1 2 3 ). Je suis sur le fil du rasoir, d'un côté l'alimentation qui se passe étrangement ( toujours faim) et de l'autre le sommeil et pour tenir, la vitesse de progression. Quelques mots avec le bénévole du col de Vallonpierre qui se les gèle avant l'arrivée du soleil. Je m'arrête au refuge de Vallonpierre pour acheter un Mars salvateur. Niveau diététique, c'est nul mais purée que ça fait du bien. Descente sur la Chapelle en Valgaudemar, longue, très longue, très très longue...Mais à partir de la Chapelle, il y aura Cédric mon fils aîné qui me servira de pacer ( soutien moral ). C'est un sacré challenge qu'Arnaud, l'organisateur du TOE, nous a permis de faire car Cédric n'a que 16 ans et il va devoir s'enfiler 47 km et 4700 m + ( 52 et 4800, en fait au GPS). J'arrive à la Chapelle à 9 h 15, m'arrête 42 min avec Dan, Patrice et Cédric, le groupe de pacers qui n'en peut plus tellement il est pressé d'en découdre. Je repars en trottinant vraiment doucement car je suis cuit. Je mange beaucoup mais ai toujours faim, le manque de sommeil commence à se faire sentir.



Je fais un micro sommeil de 5 min sur le sentier près du refuge des Souffles, Cédric est tout frais, il cavalcade devant, je peine à suivre. Nous passerons le col de Vaurze sous le beau temps. Grosse descente sur le Désert, micro sommeil au ravito puis pluie pour la montée de Côte Belle, ses 1000 m+ et ses pourcentages de folie. Les chèvres mouillées nous regardent passer, je caresse un cabri. Cédric fera une hypo à 20 min du sommet, je lui donne un gel et l'attends un peu. Il se refera dans la descente sur Valsenestre. Grosse pluie pour l'arrivée à la quatrième et dernière base vie, je dors 10 min sur un lit et mange lorsque la première féminine arrive. Nous repartons avant elle mais Cédric n'est pas au top, il n'avance plus trop, nous nous ferons doubler dans la partie finale. J'ai, depuis quelques temps, des hallucinations, les gros rochers, les souches lorsqu'ils entrent dans mon champ de vision deviennent des animaux, des gens, avant de redevenir ce qu'ils sont réellement. La frontale est de sortie pile au col de la Muzelle pour la seconde nuit et le grésil tombe, le vent souffle et nous n'y voyons rien. Je sors le GPS qui nous met sur la bonne trace, pierriers, névés, pierriers...J'apprendrai à l'arrivée qu'un gars s'est trompé en même temps que nous et pour rejoindre nos lumières, s'est jeté dans le torrent jusqu'à la taille !!! Il est sain et sauf mais ce dû être limite...
La descente est très cassante, Cédric est explosé, je lui demande de suivre mon rythme, de ne pas céder à l'arrêt. Il serre les dents, s'accroche. Maintenant, les hallucinations se font à partir du halo de la frontale, c'est difficile à décrire mais je n'arrive plus à fixer le faisceau de lumière, c'est la partie noire autour du faisceau qui fixe mon attention. La vision périphérique l'emporte sur la vision centrale ?
Il nous faut descendre au Bourg d'Arud qui doit être plus bas que la mer Morte ! Je m'explose un ongle de pied dans un caillou, c'est très douloureux. Arrivés à Venosc, la première féminine est derrière car avec son groupe, elle oriente mal au GPS alors que nous avons été meilleurs. Nous rattrapons également les gars qui nous avaient passés dans la montée de la Muzelle, ils sont explosés. On décide avec Cédric de se ravitailler rapidement à Venosc pour qu'ils ne nous redoublent pas. Qu'est-ce qu'on peut être bête après 40 h de course ! Cédric fait maintenant le train, au bout d'un quart d'heure nous voyons des frontales, c'est la première féminine ! Mais elle est entamée, elle ne reviendra pas et je passerai la ligne d'arrivée à la 17 ième place en 41 h 36, Cédric aura crapahuté 16 h 15, il est décalqué. Maxime, Florence et Jean Pierre sont là pour nous attendre à 1 h 30 en pleine nuit, ils feront les 2 derniers kilomètres avec nous.
Nous prenons notre veste finisher et allons nous alimenter en descendant de notre nuage. J'aurai "dormi" 20 minutes sur cette boucle et il va falloir récupérer.
Au GPS, il y a 185 km et 12 400 m+...Sur le terrain, il y a des cols magiques, des cailloux et une grande satisfaction d'avoir bouclé ce truc de fou avec Cédric comme pacer. Un grand merci à ma femme pour le soutien et les infos pendant la course, pour le chouchoutage d'après course... Nico, Isa, Michèle et Chantal arriveront dans l'ordre, du bonheur dans les yeux et des rêves plein la tête...

CR Cédric

Le TOE en 3 jours...
le rôle d'un Pacer...
Mercredi matin départ !
Je suis mon coureur sur le premier kilomètre. Il trotte bien... Je vais le laisser s'épuiser un peu avant de le retrouver au 133ième kilomètre...
En faisant demi-tour, je croise Isa avec son sac et un problème de poche à eau... Eh non, je ne peux rien pour elle...
Retour à l'appart' ! Préparation du sac !
16 h départ avec la navette. On redescend des 2 Alpes pour monter par la route de Laffrey (cool on capte « rire et chanson » là-bas ;p )
Arrivée à la Chapelle
Avec Dan, qui était parti avec moi des 2 Alpes, on retrouve Patrice qui nous attendait à la Chapelle (enfin pas nous exactement, mais bon). On se pose rapidement la question de savoir où manger ? … Question inutile … Patrice a un ami … le proprio de l'hôtel restaurant à l'entrée : Les Aupillous ! (Très bon repas)
Jeudi matin
Ayant écouté bêtement mon coureur, qui pensait mettre entre 7 et 10 h pour faire Vallouise → la Chapelle, je me lève à 6 h… Erreur il arrivera à 9 h du matin… je le booste pour qu'il reparte vite et... en un peu moins de 40 minutes après son arrivée... enfin le départ.
Enfin la course !!!
On part en trottinant doucement. Au bout de quelques minutes, je me retourne, il avait déjà pris 100 mètres… 52 km, ça va être long… Col de Vaurze… Assez long, surtout avec une sieste avant le refuge des Souffles (sur le sentier)… On se fait doubler… On ne les reverra plus…
Cote Belle
Je me demandais pourquoi CE nom ? J'ai compris… Pas la peine de refaire un tour. Début tranquille, fin… comment dire… un peu moins… surtout les derniers virages ? Après un sandwich au jambon cru, c'est reparti. Descente bien glissante sur Valsenestre…
Muzelle
Montée sans commentaire… Je fais ce que je peux… On se fait doubler en bas de la montée, ils passeront la Muzelle avec plus de 20 minutes sur nous. Descente ! Je retiens le ou les crét*** qui ont fait la trace GPS !!! Un tout droit d'en haut jusqu'au refuge (ou pas loin avant). Je retiens aussi ceux qui mettent des marches d'escalier sur le sentier !
Venosc
Tiens ! Des coureurs… Mais on les connaît… Nos amis du départ de la Muzelle. On les double. Et là Luc me dit : « On fait du bluff (ravito rapide et montée à l'arrache) » OK ça va être sympa !
2 Alpes
Montée à fond ! La première féminine est à moins de 5 minutes ! On s'arrête pas ! Luc me suit… C'est lui qui a du mal :p . Arrivés au sommet on court avec Jean Pierre, Maxime, Florence et on ne s'arrête pas ! Et enfin l'arrivée ! Enfin ! Il est vendredi matin (1h4X) !!!
Voilà départ mercredi, arrivée vendredi soit 3 jours…
Travail Pacer fini !

CR Pierre André

L’Oisans, bien sûr que vous savez où c’est, l’Oisans, en tout cas depuis que vous avez enlevé les petites roues de votre vélo…
L’Alpe d’Huez, le Lautaret, les routes pour le Galibier, le Glandon, la Croix de Fer, mais pas seulement, c’est aussi le massif des Ecrins, et le GR 54 qui le ceinture. Une aubaine pour découvrir la région, ce que nous avions fait en 2010 lors du Défi de l’Oisans, course de 6 jours et 8 étapes.
A l’occasion des 20 ans de cette épreuve, est organisée une édition unique, en une seule étape non-stop. Un clic pour nous préinscrire en relais avec mon épouse, aussitôt les remords, la frustration et le sens des réalités me tourmentent : Tout coureur normalement constitué ne peut refuser une telle proposition : participer en solo. Petite persuasion psychologique, genre pas de problème, c’est juste un peu plus long que l’UTMB, avec une bricole de dénivelé en plus, on va pas se laisser effrayer par 12000 m de montée étalés sur 180 km et quelques cailloux, d’ailleurs ça fait autant de descente que tu aime bien… faut savoir parler aux femmes !
Même pas peur ! Après un début de saison basé sur du plat, 24h et 100km, j’arrive aux 2 Alpes avec plus de récupération que d’entrainement et un dénivelé à rendre neurasthénique un Hollandais, mais heureux de participer à ce que je ne vois pas comme l’objectif de la saison, mais plutôt une belle aventure qui s’annonce.
Départ sous un ciel couvert pour la première descente, aussitôt suivie par une succession de bosses, -1400m quand même-, descentes techniques et raidillons, qui nous amènent à Besse en Oisans. Juste le temps de mettre un visage sur certains pseudos, d’échanger quelques mots, de me demander pourquoi les fabricants de chaussures vendent de la technologie quasi spatiale et ne sont pas capables de fournir des lacets qui ne se défont pas…la pluie s’invite par intermittence dès le col de Cluy. Un coureur m’annonce viser 70 heures, je lui signale qu’à notre rythme, j’estime plutôt 40 h. Non, il n’aime pas courir la nuit et à planifié de dormir dans les différentes bases vies. Rapide ravitaillement, les lacets gras et raides du col Nazié permettent de pointer les premiers écarts, avant de relancer à travers le grand plateau d’Emparis, par une sente boueuse et glissante, sans la vue promise sur la Meije, perdue dans les nuages gris et un fin rideau de pluie. La redescente sur le Chazelet confirme que les grimpeurs n’apprécient guère les secteurs roulants, peu de monde en vue. Ravitaillement toujours rapide aux Terrasses, pour me laisser tomber en solitaire sur la Grave par un large chemin raide de gros sable ou je m’étonne de ne découvrir que peu des nécessaires marques de freinage….
Tout ça pour attaquer en face les 250 m de montée bien là, et trouver la compagnie d’un petit peloton qui se forme le long de la rivière menant au Pas d’Anne Falque. Je mène ce petit monde à un bon rythme soutenu, dans ce secteur roulant qui me convient bien, pas trop vite, mais sans trainer. Ce n’est pas le moment de s’exploser en forçant l’allure, ni de trop vouloir s’économiser sur un faux train : utopique d’espérer récupérer le temps perdu sur la fin. Apres 100km, plus personne n’accélère suffisamment pour compenser. Juste ne pas s’épuiser maintenant !
Passage à la marche pour gravir le verrou rocheux à côté de la cascade, face aux randonneurs trempés.
Montée menée à bon train avec Frédéric, si bien qu’au col d’Arsine, nous avons largué tous nos compagnons. Malgré la pluie, je n’ai toujours pas mis ma veste, mais le vent glacé montant de la vallée me décide enfin. Faut dire que je n’avais pas le temps jusqu’à maintenant, j’utilise un sac avec une sacoche ventrale maintenue par trois sangles, donc un sacré boulot pour s’harnacher… et je n’apprécie pas trop la sensation d’étuve quand il ne fais pas trop froid. La dévalée sur le chemin caillouteux est bien tracée, mais fort raide et sinueuse, laissant juste le temps de plonger le regard dans le bleu blanc du lac de la Douche. Ne reste plus qu’à rejoindre la première des quatre bases vie, celle de Mônetier en compagnie d’Eric et Marc, bien meilleurs descendeurs que moi.
65°km, 8h50 de course, je me laisse déconcentrer par le passage envieux près des bains thermaux, et tombe dans le premier piège de cette course : les bénévoles trop accueillants… D’habitude plutôt efficace et rationnel aux ravitaillements, je me laisse tenter par une assiette de pâtes et un potage apportés avec sourires et gentillesse, ajoutés à ma boisson chocolatée c’est légèrement roboratif ! Je prends surtout le temps de soigner mes pieds : Pour protéger des restes de cloques, j’avais placé un compeed en plus de mes tapes habituels, mauvaise idée ! Avec l’humidité tout vagabonde au fond de mes chaussettes. Une nouvelle bande et je repars bien après mes compagnons à l’attaque du col de l’Eychauda. Oh surprise, en dixième position ! Je pensais vraiment avoir plus de monde devant. Y’en a pas mal qui ont dû trainer aux ravitaillements !
Mauvaise surprise ! Non seulement c’est raide et détrempé dans la forêt, mais mon estomac proteste contre ma gloutonnerie. Des remontées acides me gênent à chaque gorgée, ça ne va pas être facile de s’hydrater et je me traine avec lourdeur sur ce monotrace étroit.
Bonne surprise ! En débouchant sur les pistes de ski de Serre Chevalier, Eric et Marc sont juste devant, peut-être bien que le chemin était aussi raide pour eux…

Je les reprends avant de basculer dans la longue descente, où, évidemment, Eric, le roi de la descente, disparaît rapidement alors que je tente de m’accrocher à Marc. 13km pour 1275m de dénivelé, c’est long et pas très pentu sur chemin, sentiers et routes, mais au moindre passage technique, pierrier ou éboulis, je perds 20m sur mon compagnon, que je reprends pour reperdre au prochain arrêt pipi. Les jambes lourdes, je prends conscience que je manque un peu d’affûtage pour mon rythme de course. Va falloir me refaire une santé…!
Vallouise, 85 km, deuxième base vie. Déjà une demi-journée de passé. Concentré, je refais soigneusement les pleins, sans manger, prépare la frontale, profite des toilettes. Eric croira m’avoir causé deux minutes sans réponse de ma part. Pauvre garçon ! il devait être bien fatigué… D’un commun accord, Marc m’accompagne pour cette longue étape nocturne. C’est plus sécurisant et surtout je sens qu’il compte sur ma diligence pour négocier notre passage dans les parcs à moutons avec d’éventuels patous! Au parking d’Entre les Aygues, nous quittons après moultes papotages de coureurs les 6 km de route montant gentiment, pour nous engager plein sud et pleine nuit vers le col le plus haut -2735m- du parcours. Suite de petites bosses et de replats, le début rend désespérant l’accès à la lampe qui clignote au col. Elle reste toujours aussi haute, ou est-ce un satellite ?… et quand on monte véritablement, c’est sur une pente schisteuse, raide et en dévers. Lunaire et magnifique de jour, hasardeuse dans le noir. Mieux vaux ne pas oublier de tourner aux lacets!
De nuit, c’est noir !
Un coup de barre brutal m’assoit carrément dans le dernier virage, souffle épais. Bouf ! Je récupère trente secondes face à la pente, cherchant les rares frontales et la limite invisible entre les crêtes et le ciel tant la nuit est noire. Encore quelques pas poussifs, un salut au bénévole chaudement emmitouflé et je rejoins Marc moyennement en confiance au milieu de la trace traversant de biais sur le Pas de la Cavale. Il cherche du faisceau de sa lampe le bas de la pente, je le « rassure » y’a pas de fond à cette vallée!
900 m plus bas, une minuscule lueur situe le refuge du Pré de la Chaumette, qu’il suffit de rejoindre pour une petite sieste bienvenue. Il suffit de suivre précisément le chemin afin d’éviter les sauts de falaises. Pour trouver, le chemin il suffit de suivre le balisage du GR. Pour trouver le balisage, il suffit qu’il y en ait, car parc national des Ecrins oblige, pas de flèches sprayées par l’organisation, mais guère plus de marques rouges blanches officielles. Autre solution, utiliser le GPS obligatoire. Ces engins, un acheté pour mon épouse, l’autre emprunté -merci Peter- m’auront déjà fait perdre assez de temps à l’entrainement, à paramétrer, capter les satellites, apprivoiser l’outil, me perdre à suivre des traces connues… J’opte pour la mémoire des lieux et entraine Marc «en visuel» sur les traces de moutons, tournant autour des rochers, sautillant au dessus d’une cascade, évitant les cailloux encombrant les nombreux lacets. Connaitre le parcours n’est pas forcément un avantage psychologique en cas de coup de pompe dans une «petite» côte, par contre, c’est un plus indéniable pour l’orientation. Pas de doute, pas de stress, pas de perte de temps pour consulter le gps.
Comme prévu, nous nous ravitaillons, plein des gourdes, et hop, au dodo sur les matelas disposés au sol. Décidemment, cet exercice d’endormissement rapide reste ma hantise, pas moyen de plonger dans un sommeil réparateur, je me relève après 35 minutes vaseuses, secoue mon compagnon et relance frileusement dans la nuit. Pas longtemps ! En 100m je bascule deux fois dans les éboulis, sans aligner trois pas en rythme ! Penaud, je demande à Marc de passer en tête, et me cale derrière, hypnotisé par ses semelles dans le faisceau de ma frontale. À chaque virage, j’ai l’impression que les yeux tournent alors que le cerveau continue en ligne droite… Malgré cela, je suis étonné de buter plutôt rapidement 860m plus haut sur une tente posée à cheval sur le col de la Valette. Au fond de la tente, dans la pente, une couverture de survie en boule fait semblant de dormir, une autre couverture bredouille en grelotant « nr° de dossard ? »… Je me sens soudain bien mieux à ma place…D’autan que la suite est amusante : Pensez, une descente en zig zag réguliers sur une trace noire, dans une pente en schiste noir, dans la nuit noire. Super rigolo, et je suis enfin réveillé. Un petit plateau caché entre deux cols, 100m de remontée et descente en biais nous lancent à l’assaut du col lunaire de Vallonpierre. L’aube nous accueille lorsque nous débouchons face au Sirac fraichement enneigé. Reste une grosse quinzaine de km à redescendre pour rejoindre la Chapelle en Valgaudemar, troisième et prochaine base vie. Rien ne nous est épargné : Pente raide et schisteuse, pelouse détrempée, lacets dans la caillasse, et surtout 6 km de route où il faut dérouler une foulée passablement fatiguée. Le temps de passer deux coureurs qui clopinent, les 24h de course, de croiser quelques accompagnants à la recherche de leur poulain et on recommence le cérémonial –plein des gourdes-soins des pieds-dodo.
Schbling boing, le container à verre disposé derrière la tente dortoir est particulièrement efficace comme diane, malheureusement réglé à peine dix minutes après mon endormissement cette fois parfaitement réussi. Un pacer –un accompagnateur et soutien moral autorisé- me propose ses services. Il a appris l’abandon de son coureur et cherche à se rendre utile pour quelqu’un d’autre, mais je préfère intérioriser ma course, me gérer seul ou en compagnie d’un autre coureur aussi fatigué que moi. Marc étant déjà reparti, je trottine en solitaire la longue route menant à Villard Loubière, sans même songer à placer une petite pointe de vitesse, content de tourner soudain plein nord dans ce qui représente un retour quasi en ligne droite vers l’arrivée. Droite mais pas plate…. Quoique je ne me préoccupe guère des 5000 m de montée en 46 km restant à parcourir. Je me contente de gérer en « flux tendu » les quelques mètres qui me précèdent, un pas après l’autre, dans l’instant présent, à l’écoute des mes sensations. La distance ou le dénivelé ne sont d’ailleurs pas les plus gros problèmes, mais plutôt la gestion du sommeil en fonction des heures passées sur les chemins. 30h ça va, 40 ça commence à devenir pénible, plus impose quasiment le repos, ou le rendement physique se dégrade tant qu’il ne compense plus la perte de temps passé à dormir.
J’attaque d’un pas énergique, soutenu d’une bonne poussée de bâtons, les 1600 m bien sévères du col de Vaurze. Assis en dessous du refuge des Souffles, Marc souffrant d’un genou à décidé d’abandonner au Désert, je l’encourage en argumentant que ce hameau à 10 km d’ici est tellement isolé qu’il ne faut pas compter être évacué avant le repli des bénévoles, mais son père est déjà en route pour affronter les 70 km sinueux du cul de sac. Ce parcours à l’intérieur du Parc National des Ecrins est de toute beauté, brut et sauvage, voir limite pour les plus sensibles au vertige, deux petites gorges aériennes et leur torrent freinent un peu les ardeurs, et encore, je les traverse durant les 10 minutes de soleil de la journée, pour beaucoup, ce sera de nuit… Un grand cirque de pierriers et de pentes herbeuses habité des plus grosses marmottes que je n’ai jamais vu, et je pose un pied sur le col, l’autre pied visuellement sur le village du Désert, 1250m plus bas. Technique est un terme qui convient parfaitement à la descente, concentré est mon état, si bien que les traversées vertigineuses, les sauts de cailloux dans les hautes herbes, les lacets gravillonnés, les pierriers vaguement tracés, tout est dévalé comme dans un rêve, juste le temps de saluer les soudains nombreux randonneurs à la peine dans la pente.
Le ravitaillement du Désert consiste à un simple abri et deux chaises au frais près de la rivière. En remarquant la sollicitude des bénévoles, je prends soudain conscience de mon classement, ils n’ont pas encore vu passer grand monde, une dizaine de participants au plus, on n’est pas trop bousculés! La montée de Côte Belle est parmi les plus courtes du coin… à peine 1046m, mais alors, quelle montée…. Droit dans le pentu ! Je me rapproche de Nicolas et de son amie pacer, quand un formidable coup de barre me tombe dessus. Mélange de fatigue physique, de manque de sommeil, de ravitaillement bâclé à cause de la concentration dans la descente, d’entrainement un peu trop léger, d’hypoglycémie, je laisse passer Alexandre que j’avais si aisément doublé dans le col précédent, et imitant ainsi les chèvres posées sur un gros rocher, je mâchonne mollement une barre énergétique. De nouveau seul au monde, je relance tranquillement, histoire d’arriver dans les lacets terreux à temps pour un gros orage qui transforme le sentier en piste de bob boueuse. Quelques mètres de crapahut acrobatique, jambes écartées sur les rebords pour trouver une zone moins glissante et je me retrouve un virage plus bas, pieds plaqués contre les bâtons plantés pour stabiliser la situation. Une plaisanterie qui m’aurai fort amusé en d’autre temps, mais là, pas trop ! Me reste plus qu’à couper directement en direction de ce que j’espère être le col, marchant sur les mottes molles, tirant sur les longues herbes, soufflant dans la pente dégoulinante. Bien vu, une tente fermée répond à mon appel. Un coup d’œil droit derrière sur le col de la Vaurze, un autre droit devant sur le col de la Muzelle, qui émergent des nuages, j’attaque heureux cette descente facile avec plein de relance. Passage somptueux sous d’immenses aiguilles de schiste, quelques lacets, la végétation et le sol changent… Finit la caillasse laminée et les mousses rases, vive la terre et les fougères, ce qui permet de me vautrer trois fois en 15m sans me salir, enfin, pas plus ! Je suis bien assez mouillé et décide de trainer des pieds en papy pépère et prudent. Bizarre cette course, j’ai passé dans du velours une descente que je redoutais, et galère sur le boulevard tant attendu…
Un aller retour de deux km à Valsenestre permet de croiser quelques concurrents. Ayant participé l’année précédente à la course par étape, je connais la majorité des bénévoles, qui étaient déjà là, parfois comme coureur. C’est assez drôle et sympa de courir à 350 km de la maison et d’avoir l’impression d’être régional de l’étape, ce qui m’a valu d’ailleurs un usage nettement plus soutenu que prévu des bases vies, près d’1h 40 au total, où on était particulièrement bien accueillis. La fête d’arriver à un poste et de trouver un grand sourire accompagné d’un «salut comment tu vas » fraternel. Des bénévoles particulièrement efficaces et stoïques, changeant de poste au fur et à mesure de l’avancée de la course, ou passant trois nuits sur un col étroit et venteux. Je profite de faire percer des cloques qui n’ont pas trop aimé les 160 km précédents de glissades et travers humides. Prudent le podologue les protège avec une bande de gaze stérile sous le tape, mauvaise idée, car je sens le tout se déplacer rapidement, mais je ne vais pas chipoter pour les vingt derniers km.
La pluie me reprends en même temps qu’un concurrent, j’en reste surpris, pas l’habitude de me faire poser pareillement à la marche dans une montée. Mon moral se retrouve dans le même état que la peau des pieds : tout flétri… J’ai l’impression de vraiment manquer de tonus, et crains maintenant le retour en masse d’un tas de sagouins qui viendraient m’empêcher de finir cette course sans stress. Y’a plus de respect pour les vieux, ma bonne dame ! Je regarde avec inquiétude où Benjamin passe. On monte latéralement dans une zone rocheuse où les contrôleurs ont disséminé leurs tentes sur les rares semblant de rochers plats disponibles avant d’attaquer le dernier mur, pas loin de la verticale. Un chemin vient d’y être tracé, il manque encore un peu de stabilité, mais reste plus facile que l’escalade directe sur les arêtes schisteuses.
Les quelques lacets du col de la Muzelle, c’est aussi sympa sous la pluie...
Ouf, encore 1330m de pris, et en face, les Deux Alpes, l’arrivée ! Petit détail, y’a pas de pont pour éviter les 1740m de descente. Un semblant de chemin mène à un névé, que je parcours au maximum, c’est plus rapide que de sauter sur la caillasse, suffit d’éviter les zones d’écoulement. Derrière, quelques bouts de traces hasardeuses, pas vraiment évidentes, un choix de cailloux aléatoire pour traverser la rivière, la rive du lac de la Muzelle et son refuge. En fait le site emblématique qui trône sur tous les prospectus de tourisme, mais pas un panneau indicateur ni même un cheminement correct… et quand il y a un chemin, il est traversé d’énormes marches à sauter…
Gauche, gauche, gauche… Plié en deux, je suis accaparé par une mission importante: je balise assidument de mon pied gauche les cailloux sur lesquels les coureurs suivant doivent poser le pied ! Y’a du boulot, j’espère qu’ils sont attentifs. Une pause pour sortir ma lampe frontale dissipe cette hallucination, houlà, 2 km que je n’ai pas vraiment vu passer ! Un coup d’œil derrière moi pour vérifier la concurrence, aucune lumière dans cette vallée profonde sans pollution lumineuse, c’est tout bon, je peux continuer à trottiner le long des cascades bouillonnantes , sauf sur le pavage de cailloux glissants et ronds qui annonce l’imminence de Bourg d’Arud. Casse gueule le secteur ! Personne dans la rue. La soirée fraiche et humide étant peu propice aux ballades touristiques, je continue la mienne au petit trot jusqu’au ravitaillement de la télécabine de Venosc. Plus que 700m de montée. Arrêt à l’entrée du village, je ne trouve pas le balisage, pas l’envie de perdre du temps à allumer le GPS, sortons le road book. Hum, la pluie s’est infiltrée dans la chemise en plastique… pas facile à lire, cette bouillie de papier! Malgré des neurones qui doivent ressembler à du bircher, je parviens à prendre la décision pointue de monter, bon choix, je retrouve les flèches roses.
Milieu de la remontée sur les Deux Alpes, la brume enveloppe les virages et j’ai un colis à transporter à la station, je n'arrive pas à me rappeler à qui le donner.
Qu’y a-t-il dans ce paquet ? J’aimerai bien qu’on me dise à qui il est destiné, ça m’inquiète, franchement, ils auraient bien pu l’envoyer par la poste, non, j'ai une course sur le feu, moi...
Ah ben oui, c’est ça, le spot éclairant violement l’arrivée de la benne m’éclaire sur ma situation : je ne transporte rien, à part mes hallucinations, et j’ai une course à finir. Dédoublement de conscience, que ça s’appelle.
La traversée des Deux Alpes ne se passe pas comme prévu, je pensais suivre la route principale, et les flèches que je cherche frénétiquement en balayant le sol de ma frontale m’envoie à l’extérieur, près du golf. C’est pas possible ce qu’il est long ce km, pourtant pas plus que par le centre. Diites Môôssieur, vous faites un trek, làà ??? Non, un trail, une course à pied, je cherche l’arrivée…
Aaah cool, vous en avez encore une taf, ça doit être de la bonne…trois jeunes, casquette trop grande posée sur le haut du crâne, assis sur une barrière dans la nuit… Et je la trouve enfin, cette arrivée, dans le calme et le froid, peu avant minuit. Parfaitement satisfait mais un poil trop fatigué pour être euphorique, 39 h 38 de crapahut, ça calme un peu!
Une 12° place pas évidente au vu de la forme du moment et 1° vétéran 2, ça fait plaisir de prendre de l’âge…
Une goinfrée de sandwichs jambon-Brie et 5h de sommeil sur un lit de camp au fond de la salle me remettent d’aplomb. Une tartiflette au soleil sur la terrasse en face de l’arrivée finit de me contenter. Les concurrents continuent d’arriver, ma mission dorénavant consiste à trouver une paire de tong pour mon épouse et à l’accueillir à Bourg d’Arud. Elle souffre d’ampoules aux petits doigts et à carrément découpé ses chaussures…mais elle a aussi dormi quelques heures à Vallouise et au refuge des Souffles, fait une bonne part du tour en compagnie de diverses connaissances et est en bonne forme. Nous remontons donc aux Deux Alpes plus vite que ce que je l’avais fais, cette fois à deux mais tout seul dans ma tête ! Elle me met la pression pour arriver en moins de 60h, parfait, elle finit en 59h48, en 106 position. Avec 163 arrivants sur 242 participants, un 70% exceptionnel de réussite, dans une ambiance décontractée et digne d’une époque ou les course n’étaient pas hyper cadrées, où les coureurs ont pu user de liberté d’initiative et d’autonomie. Bref, un immense plaisir, une grande satisfaction d’avoir participé à une aventure particulière et unique, même si j’étais assez loin de ma meilleure forme. Belle course, beaux souvenirs.
Pierre-André