COURIR EN MONTAGNE

--- PTL 2008 ---

Chamonix/Chamonix
211km et 16 500m+
› Résultats

CR Michèle

J’ y retournerais bien, j’ai pas bien vu !
Les jambes me démangent tout à coup ! J’ai l’impression d’être en prison, faut que je sorte. J’endosse mon sac à dos, mes images positives, l’envie qui me noue les tripes et je repars faire la petite trotte en mémoire. Et avant une « gambadée» (Saut léger qui manifeste la gaîté, la bonne humeur.) dans la forêt de Rhonne avec les copains du club (1H20).
En préalable, ils s’ y sont mis au moins à 4, pour m’équiper d’un MP3 garni qui tienne la durée de la PTàL (Je remercie pour cela Coureur pour son sens du partage de compétences, la patience d’Electron libre pour le nettoyage et le remplissage, Ventre vide pour le temps passé à chercher un MP3 à piles, et Irondan pour sa connaissance des « bons plans d’ ici et d’ ailleurs », qui nous a permis de trouver la boutique d’Albertville qui vend d’occasion l’objet rare d’une époque déjà révolue.), et ceci dans les 48H précédents le départ.
J’ai pu ainsi connaître les bienfaits d’un concert en plein air, tout au long des paysages magnifiques de montagne qu’emprunte la PTL. Je décolle déjà rien qu’ en trottinant, la musique en plus, j’étais au moins 20 cm plus haut ! (« Un mètre quatre vingt… »)
Tous pour un ! Un pour tous ! Une superposition naturelle et sans contrainte des trois « y z’iront ptét au bout », unis dans un même projet, individuellement bien motivés et bien préparés. Les jours précédents, l’équipe ressemblait à un C130 au décollage, moteurs à fond et freins à bloc, en attendant le départ. Evidemment c’est un peu bruyant pour l’entourage !
L’idée de l’élastique, (l’expérience), « c’est pas moi, c’est elle », mais cette suggestion faisait son chemin dans ma tête. Comment la vieille garde allait-elle tenir l’allure des jeunes pur sang. (Çà va les commentaires !).
Le soleil brille, c’est la première montée du Bellachat (Bellachat et l’Aiguillette des Houches, très fréquenté ce matin là. Qu’est-ce qu’il y avait comme gars pour une fille qui doit faire une « petite pause déballage ». J’ai pas pu les éviter tous…
A ce sujet, j’ai remarqué que je n'étais pas la seule. Dans le Clan des « Trimachins » ( ceux qui savent nager par opposition aux « y z’iront ptét au bout » (ceux qui n’ essaient même plus), ils font semblant d’ acheter des « combines », et en fait ils se promènent à loilpé sur le net ! en tout cas au moins un pour l’ instant !).
L’élastique virtuel était déjà tissé et j’ai pas eu de mal à me caler derrière Isa, elle-même calée derrière Luc : Attachante Isa ! Un super élastique qui nous a réuni tout le long, s’étirant très longuement (longueur maximum atteinte dans la montée de Bertone) et se resserrant très fort (collage maximum dans les passages délicats et itinéraires nocturnes).
La tortue (Un animal qui recule dans sa carapace au moindre indice d’agression, qui descend les pentes raides avec mille précautions, pour éviter le moindre roulement du sol sous ses pattes. Pour le chapitre alimentation, même méfiance. Ne mange que ce qui est éprouvé. Ne prend pas de pâtes à la française ni de poudres énergétiques par peur d’exploser. N’avale un gel ou un coca que si elle est dans le rouge ou s’il y a nécessité solidaire.) à pile lithium longue durée revient dans la descente de Servoz, pour un autre come-back, après un tour réel de 2H30 , au Col des Fontanettes avec Electron libre, sous une pluie à annuler une PTL ).
Des trinômes de différentes couleurs, me doublent en dévalant les lacets forestiers, faits de terreau souple, épines de pin et mousse verte. L’air est pur.
Je rejoins mes coéquipiers qui lisent les actualités du jour sur le demi road –book, l’ autre moitié nous attend dans le sac d’ allègement du Grand St Bernard . (J’ai lu les news à la maison car ici, je n’ai pas le temps).
Ce sont des rapides de la lecture cartographique, ce qui permet au trio de passer sur le bon chemin, celui où l’on fait la connaissance de Julien, le photographe.
J’ai tourné au jus de fruit suivi de l’eau des torrents et des fontaines. 2 demi litres à remplir au fur et à mesure. Il faisait très chaud et c’était suffisant, à part dans la descente de la Flégère où je me suis retrouvée à sec (j’aurais du remplir à la tente). Isa m’a filé du jus de raisin « bienvenu au bon moment », une nouvelle variété de grains.
Sinon, j’ai une tendance à dormir plutôt qu’à manger pour reprendre des forces et j’aime bien une grande tasse de café sans sucre, quand c’est possible. Je demande toujours l’autorisation à notre chef de course. Il n’a pas le choix de la réponse, mais çà l’habitue. On sait jamais, si je faisais la Corse un jour prochain !
Comme je me penche de plus en plus sur la question de la descente, en même temps que sur le terrain d’ ailleurs, je fais donc la transition de l’ alimentation à la question cruciale de comment améliorer ma vitesse ( le mot est déjà exagéré) de descente.
J’ai donc observé dans un premier temps, la différence alimentaire principale d’avec les 2 autres « Z’Y bout ». C’est le coca, bien sur ! Il y en a partout, mieux que le GPS ces grandes bouteilles en plastique qui jalonnent le parcours PTL. Ils boivent du coca, ils en remplissent leurs gourdes et ils descendent vite. Si vous ne me croyez pas vous regardez les résultats du Grand Bec de cette année !
Nous quittons les eaux fraîches de Servoz, et nous foulons à présent le sable blanc qui borde la rivière. Ce qui nous amène au départ des un peu plus de mille mètres d’ascension forestière, via un des nombreux Col de la Forclaz des deux Savoie. Il y a de la puissance dans les jambes des « z’y bout » (raccourci fabriqué à la va vite par Nico, au cas où on lui ferait recopier 100 fois le nom de notre équipe) ce qui nous rend d’humeur doubleuse. Les derniers lacets nous hissent hors de la forêt, sur le point de vue dégagé du Prarion. La sente court sur la petite arrête et les promeneurs venus du Chalet d’en dessous pique- niquent dans l’herbe grasse (celle qui a le même goût que l’herbe de la Petite Chèvre de Mr Seguin, tout là haut dans la montagne), ce qui nous invite à aller y faire une pause.
Nous y retrouvons d’autres équipes assoiffées, arrivées comme nous, par trois, en file indienne, ce qui nous donne un air sauvage. Les bâtons sur le dos semblent des flèches dépassant d’un carquois. La saharienne donne un air étrange. Il y en a qui ont des bas hauts d’une autre époque, et des lunettes bizarres. Toutes sortes d’accessoires ornent leur sac d’où sortent parfois des tubes Ils commandent plusieurs consommations en même temps et en remplissent leurs gourdes. Ils parlent peu et font tout vite furtivement.
Nous abandonnons ce choc des cultures pour ne pas inquiéter plus, et retrouvons Julien qui nous accueille chaleureusement et trottine avec nous en filmant.
Le Col de Voza est animé, puis la marche fluide nous conduit jusqu’à une chicane à bestiaux qu’Isa ouvre, et remet en place, (une de ses spécialités sur ce parcours de la PTL), une descente en escaliers qui mène à la passerelle du glacier du Bionnassay, un passage dans les lavachons et la montée au Col du Tricot. Toujours la même joie d’arriver. Les gens discutent au Col. La plongée vers les paradisiaques Chalets de Miage est directe. Un petit garçon appui sur le robinet du bachal (j’suis pas née ici mais çà fait un bout de temps que j’arpente les pentes) pour les coureurs de la PTL. Un petit slalom dans les chaises longues, une remontée facile et nous arrivons aux Chalets du Truc. Le buffet y est abondant mais nous ne faisons qu’y boire. La stratégie est d’aller prendre le repas du soir au refuge de Tré la Tête.
C’est dans la descente que nous rencontrons les anglais, une fille et deux gars. L’un traîne la jambe, mais se ressaisit rapidement. J’ai vu le fight spirit sortir des cheveux de la fille, preuve que ce n’est pas une légende. (Faudra vous y faire, je suis toujours comme çà).
Une rencontre, c’est quand il se passe quelque chose de bien avec quelqu’un, un lien relationnel qui peut durer un instant. Cela peut aussi se construire quand on se revoit tout au long de la course. Sur quatre jours c’était génial. C’est aussi la rencontre qui s’est élaborée depuis notre inscription entre les membres de l’équipe. Inscrit dans l’âme.

Non, lui, a fait une mauvaise rencontre. Et celui-ci n’avait pas de garde de corps !

La montée vers le Refuge est plus ardue, sans doute une petite fatigue qui pointe son nez. Les anglais sont au bassin, on y boit et je refroidis mes articulations qui fument et gonflent. Enfin on croise les cliquetis de dégaines d’individus casqués dont le regard hagard et lointain, exprime que là haut « çà rigole pas ».
L’ambiance au refuge est celle de la haute montagne. Il y a les anglais et d’autres équipes. On nous y accueille gaîment. Nous enfilons nos six jambières et nos trois pulls, en prévision de la nuit, juste avant la soupe, servie dans trois bols sans fond. (Trop bien les bols spéciaux randonneurs). Pas bien faim pour le reste, un point de divergence d’avec mes collègues, je préfère une légère sous alimentation, qui m’évite les malaises gastriques. Quelques frissons et un léger coup de mou à la sortie du refuge, et c’est la descente jusqu’au Pont Romain, où nous sommes en terrain connu.
La montée vers le refuge de Balme à la nuit tombante est un moment sublime. Les MP3 sont branchés. C’est super car cela ne coupe pas de l’extérieur, on peut se parler, entendre les aboiements d’un chien au loin, et le tintement des cloches du troupeau. Toujours un bon accueil au chalet. Nous enfilons nos trois bonnets, six gants pour la montée au refuge à la frontale, que nous allumons le plus tard possible, car c’est bon de marcher de nuit aux dernières lueurs qui éclairent les pierres blanches. Nous sommes seuls. Je vois les loupiotes de mes coéquipiers se retourner, pour conserver la cohésion du groupe, puis un peu plus haut ils m’attendent, le nez dans les étoiles. « Tu as vu le ciel ? »
Elargir son regard et prendre le temps pour voir çà.
Nous sommes au refuge de la Croix du Bonhomme, en moins de deux, une impression sans doute. Il y a une forte activité des bénévoles qui ont décidé de passer une nuit blanche. Pour le sommeil de la première nuit, nous n’avions rien décidé. On s’était dit qu’on ne s’arrêterait pas au bonhomme, à priori, après on verrait suivant la forme. Je suis descendue au dortoir pour étirer mon dos, et le froid glacial m’a propulsée au restaurant direct, pour y retrouver la soupe. On mange et on repart, nous verrons plus loin. J’ai troqué l’assiette de pâtes contre du fromage, ce qui fait que je me suis trouvée bien dans la descente (je cafte pas les autres, chacun y raconte sur lui, comme çà y’a pas d’erreurs).
La descente du Col des fours assez longue, l’itinéraire à la frontale pas facile au départ, et la piste finale faite de lacets lassants. A l’arrivée à la Ville des glaciers, on est mou. Le ventre d’Isa a connu des jours meilleurs, Coureur un peu sommeil je pense ( ?), et moi vraiment pas du tout envie de me faire une nuit UTMB à divaguer en hallucinant mon lit jusqu’à l’aube. C’est décidé on va se reposer, la question est de savoir où ? On écarte les toilettes publiques, pas de ruines en vue. Nous avons la tente de bivouac que porte Luc en cas extrême. On se dirige vers les chalets des Mottets. Il est 1H30, lune absente (On a déjà le soleil le jour, on ne peut quand même pas demander la lune), personne de visible. Un homme en noir, sur le chemin (c’est pas une hallucination), nous indique que c’est ouvert. Effectivement la dame de Savoie nous reçoit et nous ouvre un dortoir. Nous remercions sa charité, et nous mettons le réveil « façon lundi matin », une heure en avance, ce qui fait que nous dormons deux heures, suivies d’une rallonge d’une heure.
Frais et dispos, nous montons le Col de Seigne.
Au petit matin, à l’abri en pierre, nous trouvons « les Team montrail attitude », des têtes connues. Leurs yeux sont suppliants de sommeil et les abris au col ne font pas foison (çà veut dire qu’il n’y en a pas). Nous les retrouverons plus tard avec plaisir sur le podium des clochettes (merci Jean –Claude, Michel et tous les autres).
Direction col de Chavannes baigné des premiers rayons du soleil. Un gel caféiné dégueu à la pomme verte comme p’tit déj. , en marche pour moi, les autres j’ai pas eu le temps de voir (la rapidité des manips est un gage de réussite). Suit l’enfilade Mont Fortin, pointe des Chavannes, col du Berrio Blanc, col des Charmonts et dégringolade du Col de la Youlaz avec une autre équipe jusqu’au Col Chécroui.
Celui là je l’adore, çà fait la quatrième fois que j’y arrive. J’ai un souvenir persistant de devoir accompli, de la chaleur du soleil ravivant et de bonne bouffe reconstituante. Les pâtes au basilic, m’ont fait battre mon record, plus d’une demi assiette !
Il y a du monde, les chaussettes sèchent sur l’herbe pendant qu’on se restaure et discute.
Suit la descente casse-pattes vers Dolonne, (les Utmbistes savent de quoi je parle), puis la remontée en bordure de civilisation citadine pour aller rejoindre Bertone. Un peu de flottement pour moi pour reconnaître le chemin car ils sont numérotées et rares sont les étiquettes. La carte est partie devant. Coureur ne se sent plus, ses trois supporters préférés l’attendent à Bertone. Quasi personne dans la montée, sauf Maxime venu à ma rencontre.
Pause au refuge sous les clics des photographes, Florence et Cédric.
A la sortie du refuge, les balises de la CCC montre la direction verticale à suivre pour la tête de la Tronche. Le fan club nous emboîte le pas pour la deuxième montée de la journée sur la butte. Vont-ils la faire une troisième fois pour encourager Chantal et les coureurs de la CCC qui seront par là vendredi ?
La famille se sépare donc, selon la proportion suivante, les ¾ retournent sur leurs pas, vérifier que l’inflation n’a pas encore atteint Bertone durant leur absence (5€ la tablée de consommations pour notre passage ptl ! Ceci est remarquable), le ¼ restant, rejoint ses deux autres tiers qui continuent l’épaule sous une légère brise qui rend l’herbe joyeuse.
Non, je ne fume pas ! Effectivement certains ont pu se poser la question, sur ce que je prends en dehors des repas, comme dimanche par exemple à Tamié. Je n’ai pas franchement eu le temps d’exprimer toute l’émotion de cette petite trotte à Léon, la vie courante ayant repris le dessus. Ce qui fait que, il s’est passé un phénomène étrange. Alors que nous étions entassés dans la voiture balai de gendarmerie qui récoltait les bénévoles sur le parcours du Trail d’Albertville, j’ai vu ma partenaire, celle avec qui je me suis virtuellement clonée le temps d’une ptl, descendre du coffre à bagages avec lesquels elle était entassée, et me suis aperçue quelques centaines de mètres plus loin qu’elle n’était pas remontée. La situation d’urgence a créé une connexion directe de la phase et du neutre dans mon cerveau, faisant sauter un disjoncteur au passage et me propulsant hors de cette voiture suspecte, que j’ai faite arrêter sur le champ pour rejoindre mon ex- coéquipière, en courant (Ouf !). J’ai juste oublié de penser qu’elle montait dans une autre voiture plus confortable et qui allait au même endroit.
Avis aux apprentis sorciers, un clonage réussi s’arrête dans la partie réflexe du cerveau.
Comme disait une dame de notre village, rencontrée, hier sur le marché, avec un grand sourire et les yeux pétillants : « Je vous connais vous, je suis sûre que je vous ai déjà vus… Vous êtes passés à la télé…Pékin Express ! ». Elle y pensait tellement qu’elle s’y est crue. Privilège de l’âge que de décoller ainsi ? Vous voyez bien, qu’il n’y a pas besoin de fumer pour s’envoler vers l’endroit qui nous habite mais qu’on n’habite plus. C’était gentil de ne pas vous être inquiétés pour moi, car c’est la St Michel aujourd’hui, et je suis revenue pour fêter les retrouvailles de mon corps, de mon âme et de mon esprit après plus d’un mois de séparation.
Nous demanderons aux quelques supporters qui nous encouragent de ne pas oublier que le ¼ dont je viens de parler avant la visite de mes pensées, est de sexe masculin, et d’éviter les « Allez les filles ! » sur notre passage. C’est vexant à la fin, ce qu’il ne manque pas de faire savoir en disant un merci de sa voix la plus grave. Nous gravissons la Tête de la Tronche, la contournons par la droite, et glissons le long de son cou jusqu’au Col Sapin.
Petite pose photo devant la girouette de pancartes jaunes. Suit un bain de pied dans la rivière pour la troupe avant de remonter le Col d’entre deux sauts, où nous flânons encore un peu pour différer légèrement l’attaque de la longue ascension du Col de Malatra.
L’ambiance est plus austère. Nous avons repris le rythme sérieux des grands jours, et nous dépassons nos amis espagnols, les Ultraxulis andalucia, avec qui nous commençons à jouer. Au sommet, nous sommes immortalisés d’un clic par l’équipe espagnole, que nous photographions à notre tour.
Le règlement prévoyait des clichés obligatoires à certains points stratégiques mentionnés sur le road book par un petit appareil photo, pour preuve de notre bonne foi. En fait on en ferait ce que l’on voudrait.
-« On ne vous les demandera qu’en cas de litige, s’il y a un doute », nous dit Jean-Claude, de la Team Organisation bien déterminée à préserver l’oxygène qui emplissait la salle de Briefing. Pas de rendement de comptes fastidieux, mais une occasion d’avoir des photos de cette course de rêve, parce que sinon, ce serait comme d’habitude, pas de photo dans les grands moments car les acteurs sont trop occupés pour photographier le grand moment en question.
Cà me fait penser que je n’ai même pas une photo de mon mariage. Puis l’andalous bondissant, que j’ai dépassé dans la montée, prend sa revanche dans la descente. Encore un sommet que je n’aurais pas érodé d’un centimètre (2928m.), en le dévalant. Les deux autres ne semblent plus se poser de questions sur mes plans anti-érosion, et Luc dégringole la pente raide, bientôt suivi d’Isa, qui « bienveille » à tout comme une jeune mère doublement entraînée, si çà suit derrière et si on ne rate pas la bifurcation à gauche.
Nos amis espagnols feraient bien d’en prendre de la graine, à savoir qu’une trace directe va plus vite que des aller retour en étoile. Sans doute un tour du « Servan », personnage malin qui sévit dans la région depuis des lustres, qui aurait échangé la notice de leur GPS, avec une notice de ARVA. Si je les titille encore un peu, ils vont bien finir par nous l’envoyer la carte postale en provenance d’Andalousie avec toutes leurs amitiés. Olé. Ce qui ne nous épargne pas la bute très penchée qui monte au Col des Ceingles, avec vaches intégrées en équilibre sur le sentier (Décoration Alpine S.A.). Je m’arrache encore un peu pour les derniers « passe-lacets » (lacets très raides), et je sors sur le Col.
Le crépuscule apporte sa fraîcheur, et réglés comme des horloges avant même d’être en Suisse, nous nous parons de tous nos accessoires de nuit, toujours en triple exemplaire. Plus tard, dans le noir, l’espagnol à longue natte, tente un repérage GPS, tout en enfilant ses maigres habits, assis sur les cailloux, pendant que ses collègues se sont déjà trompés, bien devant et beaucoup plus bas. J’atteste que pour eux la ptl aura bien 220km, chiffre annoncé au départ. Une valse de petites lumières, à l’approche de la Bergerie, fait espérer à nos sens en éveil, un rassemblement festif en musique, mais en fait cela bouchonne fort aux abords des bâtiments. Les frontales vont dans tous les sens, désorganisées, les chiens dans la cour hurlent à la mort (J’en rajoute un peu pour le Fun). Nous nous avançons dans la cour, et une porte entrouverte laisse apparaître des cadavres d’animaux gonflés (Vrai, demander à Luc). Un concert satanique, çà ne nous dit rien. Du coup, Luc très inspiré et encadré de ses deux anges (nous les filles), encape une remontée directe droit dans la pente, dans le plus pur style des cours d’orientation en montagne, pour croiser ce maudit chemin en balcon, étroit, fuyant parsemé de quelques trous cachés par des touffes d’herbes, qui pourraient précipiter le pèlerin non averti en bas des barres rocheuses.
Un « Tarentino » avant d’aller se coucher, pas mal organisé ce tour. Nous remontons le champ barré de deux murets de pierres, pour atteindre la voie romaine. Pas de calvaire le long de celle-ci, le film doit être fini. Puis c’est le passage de la frontière au pas de course, et là miracle ! Qui est là sur le parvis des Hospices du Grand St Bernard, à 23 heures sonnantes, Patrice, vous savez, celui qui aurait du être sur la photo du mariage, venu en vélo de course par les grands cols, et rebaptisé « Electron libre » par Isabelle pour le meilleur et pour le pire. La joie illumine nos coeurs. C’est tout de même la deuxième fois que Luc pénètre dans ce lieu d’accueil et de repos. Dans un prochain épisode, vous saurez s’il a troqué sa ceinture noire pour une robe noire. Pour l’instant, le Mystère demeure.
Enfin ce n’est pas tout çà, c’est l’heure de la douche purificatrice avant de passer à table. A notre arrivée dans le restaurant, la Sœur qui faisait avec ses collègues, des prouesses pour que chacun se sente chez soi, le temps de la halte, était déjà convertie à la bicyclette et à la course en montagne. Ce serait sympa de lui présenter Nico ou Dan de l’équipe de triathlon pour l’initiation à la natation dans le lac.
Nous ne sommes pas les seuls, à avoir parcouru 110 Km et gravi 9400m, beaucoup profitent de ce réveillon de minuit. Même Julien est là. La nuit et le petit déjeuner délicieux et chauds, nous remettent sur pieds, pour un départ à 5 Heures, suivi par la caméra de Julien.
Rapidement le jour prend le relais des frontales et éclaire le fantastique enchaînement de cols que sont le Col des Chevaux, du Bastillon, de l’Arpalle et du Névé de la Rousse.
Tous différents et beaux, mais on se demande comment des chevaux chargés ont pu passer les deux premiers, raides, étroits et bordés de barres rocheuses. Remarque, il n’y a que le premier passage qui coûte, çà m’a fait pareil à moi, au deuxième j’étais « comme chez mémé ». Mes amis, vous pouvez ranger la laisse
. Maintenant nous sommes en octobre, et l’hiver approche. La sortie de samedi s’est faite dans dix centimètres de neige. Il est temps de boucler ce tour afin que puisse naître un nouveau projet. Pour cela, il faut descendre à la Tsisette, sur un sentier qui s’étire à flanc de montagne. La Tsisette c’est une ferme. Je découvre en même temps que vous. La fermière partenaire, nous sert la soupe, le pain et à boire, sur sa table extérieure en bois, placée près de la porte de la cuisine, au soleil comme dans tous les chalets de montagne. On se cale sur les bancs, pendant qu’une équipe passe en se ravitaillant en vol.
Les heures sont longues et tranquilles comme les distances que nous allons couvrir aujourd’hui. Nous enjambons les fils électrifiés du parc et rejoignons la piste, sœur jumelle de la route qui descend des Prioux vers Pralognan. J’accepte, au service de la communauté, une légère frustration en laissant passer la rivière aux eaux envoûtantes qui m’interpellent au passage, pour me contenter des deux centimètres d’eau du caniveau bétonné qui suit. Nous avons trois vitesses de course différentes dans notre équipe, un peu comme si on avait loué une Deux Chevaux (bien entretenue mais avec d’inévitables pointes de rouille), une A4 Audi coupé sport (récente mais avec un léger problème de pompe) et une Porsche (pas neuve mais garantie à vie). Note du ouebmaster : C'est sympa la comparaison avec les tutures mais j'aurais plutôt dit une 2cv, une 4L et une R5...
Les tests moteur du 24 mai, au GR73 de Cruet, se sont bien passés. Nos temps et forme respectifs sur 73 Km et 5000 de dénivelé +, nous offrent une bonne base sur laquelle construire cette course par équipe. Je ferai donc refroidir ma machine plus tard, comme çà je ne cours pas le risque d’entendre le moteur de mes coéquipiers ronfler, ou caler « d’endormissement », en se mettant en sous régime. Nous avons bifurqué brusquement à gauche, puis suivi longuement un étroit sentier plat, coincé entre le caniveau suisse et le ravin. Isabelle a eu encore fort à faire pour remettre les fils du parc à bestiaux laissés au sol par nos prédécesseurs. Heureusement pour eux, elle est beaucoup plus sympa qu’un patou. Quelques vivres de course ont été métabolisées sous les téléskis de La Téjère, pour poursuivre cette journée dédiée au temps long, à grimper dans les champs en écoutant la musique du MP3 pour les filles et des kilomètres d’enregistrement culturel pour le garçon, redescendre, rencontrer si peu de monde qu’on peut noter sur le carnet de bord les deux traceurs de sentier vus dans cette « longuissime » descente, dont le but est d’atteindre un jour Praz de Fort.
Mais quand ?
Pas moyen qu’Isa arrive à prendre son pied une seule fois dans cette descente, tellement il a décidé de lui faire mal. Il s’est enfin calmé, quand elle l’a plongé dans la fontaine de Praz de Fort, en papotant avec deux gars du cru, qui à la fin de la journée décideront peut-être, s’ils sont entreprenants, de renommer leur village Praz de Fort les Bains.
De cette nouvelle station balnéaire, nous devions prendre le sentier des Champignons, et les anglais devaient prendre le « Mushroom path », histoire de leur compliquer un peu le jeu de piste. Il y avait des équipes avec GPS et des équipes sans GPS et une photocopie de carte dont le trait plein du tracé masquait ce qu’il y avait dessous (route, chemin ?) et comme son nom le dit, ce sentier était exclusivement destiné à ramasser des champignons, sans oublier un seul coin de la forêt. Le premier gros cèpe que nous avons trouvé, c’était le porte monnaie du chef d’équipe des « Blaireaux Teigneux », au milieu du chemin, ce qui nous a fait louper le sentier à gauche et continuer droit, vers le parc des deux vaches noires, aux allures patibulaires avec leurs grandes cornes, tout en replaçant les fils électrifiés au sol, signe que nous n’étions pas les premiers à passer là. Effectivement, çà tournicotait un peu dans ce coin, sous les yeux agacés des bêtes. Buter sur un cul de sac, revenir sur nos pas, repasser les fils avec une autre équipe qui a pris une châtaigne au passage, et enfin lever le nez vers la pancarte « Sentier des Champignons », rejoindre une petite route : A gauche ou à droite la Peule ?
Nous avons enfin abandonné la cueillette, pour récupérer la montée de l’UTMB/CCC, qui sort sur Champex.
Brève visite sous le chapiteau, car au briefing, Michel nous avait dit qu’on y aurait accès, ce qui n’était pas l’avis de la gardienne de la table de victuailles qui ne voulait rien laisser échapper de ses rangées de saucisson, fromage, yaourts sous blister, vers le ventre d’un seul trotteur. Je suggère donc à l équipe d’organisation, de clarifier ce message, pour l’an prochain, avec effet identique des deux côtés de la frontière. Un trotteur çà s’adapte.
Je ne sais toujours pas si nous avions accès ou pas au buffet, mais en tout cas, nous avions accès au chapiteau, puisque Léon nous y attendait et nous a abordé, timidement, en nous disant : - « Vous faîtes ma course », et nous a aiguillé vers son épicerie désamorçant ainsi toute possibilité de conflits de table, entre pro trotteurs et pro CCC. Nous avons repris la route, sur les bords du lac, en croquant les fruits pas défendus, offerts par Léon, vers le Bon Abri, refuge partenaire, en repérant au passage les pancartes indiquant la Fenêtre d’Arpette, étape suivante.
Pour l’heure, j’ai des rêves tenaces d’omelette. Au Bon Abri, le chef de l’équipe des « Blaireaux Teigneux », qui nous a précédé, est en train de fouiller ses poches pour régler l’addition et commence à tourner au vert pâle, au moment où Isa entre dans la salle et lui tend son portefeuille, lui évitant ainsi, in extremis la corvée de plonge. C’est l’état de grâce. L’amitié se substitue au sentiment de rivalité. A la sortie du restaurant, nos boissons étaient déjà réglées. Nous récupérons la direction de la Fenêtre d’Arpette. Terminées les languissantes distances, et retour à la verticalité. C’est ultra magnifique, et mes bâtons me propulsent dans les marches dans l’objectif d’arriver avant la nuit. Il y a des équipiers plus ou moins ensembles avec nous. Le sommet est atteint, aux dernières lueurs du crépuscule.
Je connais la descente qui côtoie le glacier du Trient, passe les cabanes de la cascade, court le long du caniveau bucolique de jour et rejoins le col de la Forclaz. Une ballade magnifique pour tous. Si nous avions eu des projecteurs à la place de nos frontales voilà ce que nous aurions pu voir :

Voici de jour ce que nous n’avons pu voir de nuit.( Reconnaissance du 9 août).

Là, mes genoux tendus, crispés, brûlants, à cette heure, n’ont plus le droit au chapitre. Tenir le rythme le plus rapide possible, car « plus vite on avance, plus vite on arrive », et il y a des circonstances où c’est la meilleure des motivations.
Une diversion me redonne un peu de jus, à l’approche de l’Hôtel de la Forclaz, où nous croisons des coureurs de la CCC, dans un contresens de frontales. Les supporters de la CCC acclament les participants. La fête n’est cependant pas pour nous et nous devons chercher par derrière les bâtiments la grange étroite et encombrée où s’entassent les équipes de trotteurs. C’est normal, on ne peut pas toujours être les rois, il y a des gens sur la terre qui en bavent tellement, il faut bien un peu la mériter cette course. Après un bol d’eau chaude, un médicament népalais infaillible pour lutter contre la faiblesse physique et le froid, et une soupe pour mes amis, nous rejoignons les lits de camp, sous un toit de tente dressée sur l’herbe mouillée. On est gelé malgré les températures élevées de la journée, probablement en raison de la fatigue, ce qui constitue un avertissement pour l’an prochain, si la météo est défavorable. Nous rapatrions tout le bazar sur le lit, chaussures, sacs pour ne pas les retrouver trempés au petit matin. Je n’ai plus le courage de me couvrir correctement et m’entortille dans la couverture, sur un courant d’air.
Je n’entends même plus les cris et sonnailles des supporters, qui passent la nuit à encourager la CCC, mais j’entends clairement la musique que j’ai écoutée depuis le départ, malgré mon MP3 éteint, ce qui me décolle du monde présent inconfortable. Ceci m’a rapproché du film « La mort suspendue », le gars qui descendait avec sa jambe cassé entendait une musique à tue tête, et çà l’a sauvé. C’est mon deuxième film revu dans la course.
C’est déjà le lever, sans rancune. L’arrière de mon genou gauche empêche l’extension de ma jambe et j’applique une chaufferette que Luc propose comme il proposerait des bonbons, pour tenter de décrisper l’articulation.
A ma gauche, il y a comme trois tapis roulés côte à côte, je ne suis pas franchement réveillée et je me demande encore si ce sont trois coéquipiers minces roulés dans des couvertures ou pas ? Comme je suis dans le coltar, je ne retrouve pas tout de suite la porte de l’étable où mes coéquipiers sont déjà attablés. Je me perds dans les toilettes et fini par ouvrir la porte de la grange. Je bois le pire nescafé trop concentré dont je me souvienne, sur fond de pas bien en phase avec l’environnement. Il vaut mieux y aller, en contournant le dernier obstacle, la tente qui masque le départ du Mont de l’Arpille, et trouver enfin la lucidité en grimpant. Rien ne vaut une bonne marche pour se remettre d’aplomb.
Arrivé en haut il fait jour, mais nous ratons le point de vue pour attaquer d’emblée, dans les arcosses, les mille deux cents mètres de descente. Sur le sentier d’épines de pin, nous enjambons le squelette d’un chamois. Je m’interroge sur le peu d’animaux sauvages que nous avons rencontré sur autant d’heures de course de montagne: vu une couleuvre, aperçu deux biches. Où étaient-ils donc ? Nous le saurons plus tard.
Nous plongeons tout au fond, doutons sur un passage où Isa vigilante, prend la bonne option, et nous passons le ruisseau vers l’autre versant. Les espagnols que nous retrouverons après le Trétient, se sont trompés à ce passage douteux, rallongeant un peu leur périple. Au Trétient il y a une épicerie, et notre dernier repas datant de Champex, nous y entrons. L’étale est très sobre, et la mémé nous présente ses bricoles à vendre. Au moment de payer, elle nous dit ne pas prendre les euros et espère qu’ils n’arriveront jamais à atteindre la Suisse. Ce n’est pas grave. Nous rangeons donc notre butin sur l’étagère, enjambons la voie ferrée et faisons la pause changement de tenue au bassin. Nos amis espagnols nous rejoignent y soigner leurs ampoules.
Sur le sentier, le sac d’Isa sent l’arrivée car il s’est ouvert et jette au vent son contenu fait de chaussettes, jambières…comme si cela devenait superflu.
Nous poursuivons en plein soleil, ce sentier balcon au panorama époustouflant où l’on voit se succéder le glacier du Trient, l’Aiguille du Tour, La Verte et le Couturier, les Drus, Le Tacul , Le Maudit, Le Mont Blanc, l’Aiguille du goûter. Il y a une équipe qui a du trouver cela tellement beau qu’elle a voulu monter encore plus haut pour mieux voir, et appelé le PC course à l’aide pour redescendre sur le chemin. Isa a récupéré toutes ses affaires mais doute de l’existence du restau suivant qu’elle ne voit pas sur la carte. Je lui confirme qu’il y a effectivement un restau à touristes réel, ouvert et bien garni puisqu’on y a testé le repas avec Pat au début août.

Arrivée à Fenestral

Au Lac d’Emosson, la terrasse est bondée. Nous y retrouvons Julien, qui nous embrasse car maintenant nous nous connaissons bien, pendant qu’Isa a convaincu la serveuse débordée de nous servir n’importe quoi de comestible pourvu que ce soit dans les dix minutes.
De nombreux verres de boissons plus tard, nous reprenons la course sur le barrage avec Julien, chargé de sa caméra, qui nous quitte à la montée des gorges raides issues du barrage du Vieux Emosson, où nous attendent les Espagnols sortis de je ne sais où, et attablés au refuge.
Un grand verre d’eau en leur compagnie avant de passer la grotte pour faire le tour du lac en direction du Col de la Terrasse.
Je connais cette montée qui traverse plus haut sur la gauche, car je l’ai reconnu le 10 août. Pourtant je ne la connaissais pas alors, comment aurais-je pu la reconnaître ( !). Ma pensée va se promener à la recherche de l’origine de l’emploi de ce mot à contresens, qui rend la phrase absurde dans le style d’un sketch à la Raymond Devos. J’émets l’hypothèse suivante : Il aurait été utilisé pour la première fois par un chef militaire, qui ne trouvant plus aucun éclaireur volontaire pour se risquer dans un endroit inconnu, aurait eu ce coup de génie.
« Allez me faire la reconnaissance du terrain ! ».
Substituant d’un coup de baguette le reconnu rassurant à l’inconnu inquiétant. Ma copine pour l’heure a d’autres problèmes que la sémantique sur ce chemin rocailleux désertique, totalement à découvert, et cherche activement un instant tranquille pour un petit arrêt. D’autant que les Ultraxulis Andalucia nous rattrapent à une allure de combat. L’espagnol bondissant m’a pris en protection et me pousse un moment en m’encourageant : « Animo ! Michèle. Animo ! »
Ils impulsent à leur coéquipière un rythme maximal, et disparaissent de notre champ de vue, pendant qu’apparaît en haut la silhouette d’ Electron libre. Mais où est donc son parachute ?
Là, il faut sauter dans le trou, sans balancer des parpins aux éventuels gens d’en dessous, ce qui est une règle de sécurité essentielle en montagne. Nous évitons donc un de ces fameux cailloux que nous lance aimablement un promeneur qui monte ce que nous descendons.Je profite de la pause pour faire une annonce dans la rubrique des objets perdus/trouvés, à laquelle nous avons pris un abonnement PTL.
A l’attention des chamois et marmottes habitants sur le Buet : Perdu porte-monnaie noir plein de billets et clé de voiture, le tout échappé de la poche du maillot de cycliste d’un coureur à pied, qui n’a pas pu offrir sa tournée aux chalets de Loriaz. Si d’aventure quelqu’un les trouvait…
A partir de là, la ligne générale descendante nous conduira au Col des Montets, selon une suite baroque, à travers bois, prés, herbe qui gratte, ronces, enclos, grotte, pelouse sous arrosage automatique, voie ferrée. 1300m de dénivelée négative de plus au compteur, depuis le Col de la Terrasse, et jusqu’à ce que nous retrouvions le chemin plat animé par nos supporters affûtés, d’autres coureurs et leurs accompagnants. Là nous ferons course commune avec l’utmb jusqu’à l’arrivée.
Et ceux qui n’ont pas pu se déplacer…sont en ligne.
La dernière surprise est la montée de la Flégère . Sentir les muscles puissants et en harmonie avec la pente à gravir, c’est la récompense. Un moment sublime de la course. La sensation est tellement agréable qu’il est quasi douloureux d’être là sur une chaise à écrire, au lieu de me trouver sur ce chemin, dans la douceur de fin d’été, à pousser sur les bâtons pour monter les marches, sous le regard hautain des chamois.De rares coureurs de l’Utmb nous dépassent dans la montée, leur volonté pour tenir le rythme plus forte que leur souffrance. C’est dur aussi pour eux. Ils arriveront dans les quarante premiers.
Quelques enjambées encore légères sur le plateau magnifique et la nuit tombe sur la Tête aux vents. Nous rencontrons des bénévoles, des trotteurs encore en équipes, un allemand je crois, deux fois orphelin sur le parcours, qui a perdu ses coéquipiers d’origine, puis ses coéquipiers adoptifs et qui semble chercher un bout d’équipe pour finir le parcours.
Il fait nuit, j’éclaire ma frontale et voit passer Karine Herry dans la petite descente, juste avant l’arrivée à la Flégère. Un thé chaud sous la tente et c’est la descente finale, très dure. 1200m sur 7km de distance. Un monumental coup de pompe plombe mes jambes et je compte la dénivellée descendante 20m par 20m comme il est suggéré de compter les moutons pour supporter les minutes interminables d’une insomnie. Trop proche de l’arrivée, j’ai négligé de remplir ma gourde.
Les lacets n’en finissent plus de se succéder, et je m’accroche coûte que coûte à notre dernier objectif qui est d’arriver le samedi, vers 23H comme tous les autres soirs. Le corps qui aimerait se laisser aller au repos me fait payer l’absence de ravitaillement par une soif soudaine et intense. Isa vient à mon secours en m’offrant son rab de jus de raisin.
Au détour d’un lacet, les lumières de Chamonix apparaissent enfin. On y est. Nous brûlons joyeusement nos dernières cartouches pour le sprint de l’arrivée entraînés par la cadence de notre escorte bien aimée. Nous finissons main dans la main. Il est 23H05 : pari tenu
Une nuit et une journée complète pour se rafraîchir, dormir, flâner, dévorer un poulet frites et profiter de la fête.

CR Luc

Pour une Petite Trotte à Léon "al dente" en 87 h 05
Ingrédients
1 Choisissez un parcours dantesque de 211 km et de 16 500 m de dénivelé positif autour de Chamonix. Ce parcours devra passer par la France, l'Italie et la Suisse et culminer à 2935 m.
2 Prévoyez une période de grand beau temps, c'est indispensable.
3 Montez une équipe de finishers de l'UTMB, peu importe leur vélocité, c'est plutôt du côté fiabilité qu'il faut recruter. Veillez à ce que l'ambiance dans l'équipe soit au beau fixe pour une cohésion du tonnerre.
4 Munissez-vous du matériel obligatoire pour avoir des sacs aux alentours de 6 kg.
Comme vous avez pu le remarquer, pour cette recette de la Petite Trotte à Léon, il est recommandé de faire appel à la gente féminine, les résultats sont meilleurs, la possibilité de finir s'en trouve grandi. C'est que c'est coriace, la gente féminine, surtout la Isabellus Cifermani (Cifermanus, c'était vraiment pas poli) et la Michélus Flagus, de vraies ultra traileuses avec une volonté, un courage et une régularité à toute épreuve.
Déroulement de la recette
5 Commencez par rassembler les troupes au centre de Chamonix pour un départ à 8 h, un mercredi, c'est mieux.
6 Dirigez-vous vers l'aiguillette des Houches d'un pas ferme et décidé, vous pouvez même trottiner. Laissez les équipes s'étirer le long du sentier. Vous pouvez discuter avec des personnes connues, c'est plaisant.
7 Très important ! A Plan Lachat, un membre de l'équipe doit se dénuder et faire son pipi au milieu du chemin afin que les autres équipes sachent que le territoire est marqué et que cela va être difficile pour elles.
8 Prenez une ou deux photos à l'aiguille



9 Dirigez-vous rapidement vers Servoz, sans vous tromper d'itinéraire, profitez de la vue splendide.



10 Une fois à Servoz, photographiez la superbe mairie, faites le plein d'eau et repartez prestement vers le Prarion où vous vous photographierez également.
11 Au Prarion, passez voir la très aimable équipe du bar restaurant au sommet du télésiège, vous en ressortirez grandi de tant d'amabilité et d'abnégation dans le travail désintéressé...
12 N'insistez pas trop et avalez le col du Tricot.



13 Buvez au chalet du Truc et mangez au refuge de Tré la Tête car 44 km et + 4000 m ça creuse.
14 Habillez-vous plus chaudement, préparez votre frontale et dirigez-vous vers la soupe de la Balme et les pâtes du col de Bonhomme. Là, ne restez pas avec les autres qui dorment ici mais passez le col des Fours et dormez 3 heures aux Mottets.
15 Vers 5 h du matin, démoulez-vous des lits et prenez l'air dans la Seigne en passant près de son cairn majestueux. Filez vers le col des Chavannes.



16 Ondulez vers le col de la Youlaz via le mont Fortin et le col de Berriot Blanc.



17 Déroulez avec sagesse jusqu'au col Chécroui où les pâtes vous tendent les bras.
18 Re-déroulez jusqu'à Courmayeur en remarquant que d'autres recettes peuvent être employées par d'autres "cuisiniers", comme le ravitaillement sauvage au minibus.
19 Du coup, prenez un coup de sang et montez au carton Bertone à 1000 m/h rejoindre Florence qui vous photographiera copieusement.
20 Incorporez la Tête de la Tronche puis rapidement le col Sapin, attendez un peu pour le Pas d'entre deux sauts. Vous êtes maintenant à 98km et + 8200m.
21 Laissez reposer les pieds dans l'eau et ajoutez le col Malatra lentement.



22 Peu de temps après, incorporez le col des Ceingles puis à la frontale, le col sait Rémy.
23 Blasez tout le monde en prenant le sentier marqué sur la carte jusqu'au Grand saint Bernard.
24 Laissez vos convictions au placard et pénètrez dans le bâtiment des frères et bénéficiez du meilleur accueil sur le parcours en vous endormant 4 heures et en vous alimentant copieusement car vous avez maintenant 112 km dans les pattes et + 9400m.
25 Ressortez vers 5 h du mat, frissons ou pas, orientez-vous vers le col des chevaux et celui du Bastillon.
26 Crapahutez au col de l'Arpalle puis au col du névé de la Rousse. Asseyez-vous.
27 Glissez lentement vers la Tsissette et vers sa soupe salvatrice
28 Hissez-vous péniblement à la Téjère pour redescendre à la Sasse.



29 Rajoutez un sentier des champignons après une descente "roulante" et reliez Champex pour sa dégustation de yaourts sous chapiteau. Enfin, certains préfèrent ne pas en déguster, c'est selon vos envies.
30 Passez chez Léon pour savourer des fruits, puis ravitaillez Au Bon Abri.
31 A la fenêtre d'Arpette certaines têtes auront "gonflé", mais pas toujours, ça défigure 154 km et 12 500 m +.



32 Descendez avec aisance sur le col de la Forclaz et savourez l'accueil à la mode de Sparte qui vous y sera fait. Certains attendent encore leur eau chaude. Endormez-vous au frigo et reveillez-vous 4 heures plus tard pour manger.
33 Montez à l'Arpille car dans la descente sur l'autre versant, vous trouverez un concurrent déshydraté.



34 Tester la glissière de sécurité du Trétien vous tentera, n'y resistez pas !



35 Incorporez le mari d'une membre de l'équipe au moment propice pour la motivation.



36 Finalisez la montée à la chaleur de l'après-midi.
37 Rejoignez la recette UTMB 08 à Vallorcine pour parfaire la recette de la PTàL.
38 Ajoutez plusieurs chamois.
39 Saupoudrez de Tête aux vents et de Flégère, rajoutez un coup de fil d'un finisher plus qu'enthousiaste et encourageant puis, allumez la lumière. Oubliez tous les bobos et courez, courez, la main dans la main, la larme à l'oeil...



Vous obtenez une Petite Trotte à Léon de 211 km et 16 500 m + "al dente" en 87 h 05.

CR Isa

Bientôt plus , de 2, de 3 mois, de 4 mois, de 5 mois, de 6 mois, 1 an, 17 mois, 2 ans, 5ans, 8ans qu'elle écrit...